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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/763

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de l’avis des meilleures têtes, n’étaient certaines considérations de dignité parlementaire, qui, nous l’avouons, sont à peser, dussent les lords rejeter la conciliation offerte, ce serait d’une excellente politique aux communes d’accepter le bill tel même que l’a fait lord Lyndhurst ; car, si cette mesure défigurée ajourne toute reconstruction salutaire, ne détruit-elle pas et à jamais les vieilles corporations pourries du torisme ? ne place-t-elle pas l’Irlande sous la protection directe d’un lord-lieutenant libéral ? Donc, à tout prendre, les réformistes ne pourraient que gagner à tout céder.

Et puis, il importe de considérer ceci : rien ne sied à une assemblée populaire comme l’audace et la volonté ; mais pour se donner des airs qui ne soient pas risiblement démocratiques, il faut avoir quelque démocratie en soi. Or, c’est là justement ce que n’ont pas les communes actuelles, élues sous le sceptre d’or aristocratique et corrupteur de sir Robert Peel. Grace à une combinaison purement fortuite, leur majorité est libérale ; mais elle est libérale d’un libéralisme whig, parce que l’élément whig y domine. Conséquemment, attendu que dans la composition d’un whig il entre neuf dixièmes d’aristocratie et un dixième de démocratie, prise en masse, cette majorité réformiste elle-même est de beaucoup plus aristocratique que démocratique. De là elle se rend justice ; elle est consistante, elle sent qu’elle n’a pas mission de battre en brèche la chambre des lords.

D’un autre côté, ce qui fait la pairie si superbe, si obstinée, si courageuse à braver les droits irlandais et les libertés générales, c’est bien un peu le sentiment qu’elle a de cet esprit craintif et vacillant des communes, et surtout sa conviction très fondée que le jour est loin qui verra s’ébranler l’arbre aristocratique si profondément planté dans le sol encore tout féodal de l’Angleterre.

De cette vaillance puisée à des sources qui diminuent singulièrement son mérite, il peut résulter, et on le craint, que l’inflexibilité des lords empêche absolument le succès du compromis proposé.

Il ne serait pas impossible pourtant qu’une obscure considération médiocrement honorable, mais plus puissante que toutes aux yeux de tous, motivât seule et amenât la conciliation, d’ailleurs si douteuse et difficile. Il est évident qu’une fois les négociations rompues, il ne s’agira plus que de dissoudre le parlement. Mais la dissolution du parlement, voilà ce que chacun redoute, voilà ce qui sera conjuré à tout prix.

Une dissolution du parlement, le peuple, le peuple ouvrier, qu’elle ne touche point, l’accueillerait assez cordialement peut-être, non pas le peuple électeur, car une dissolution, cela trouble et inquiète le pays ; cela gêne le commerce, cela nuit aux affaires. Comme partis, en ce moment