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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/756

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seulement entr’ouvert. Dieu sait avec quelle horreur on parlait alors de Voltaire dans les honnêtes familles d’Angleterre, de Voltaire que l’auteur oppose à Jean-Jacques, comme un homme de génie à un fou. Tout ce tableau qu’on nous donne du XVIIIe siècle est faux, chargé, noirci par la passion politique, et tendant à faire ressortir notre enfer actuel, qui, selon l’auteur, en est venu.

Sa manière de commencer le procès qu’il nous intente par l’examen sérieux et appliqué de Paul de Kock, doit faire sourire les gens de talent qu’il inculpe, et d’un sourire plus fin et plus malicieux que l’auteur ne voudrait assurément s’il savait sa méprise ; mais il faut l’y laisser. En causant quelquefois avec des étrangers d’esprit nouvellement débarqués et tout affamés de nos illustres, cela va assez bien d’abord… Lamartine, Béranger… ce n’est pas trop de confusion… allons… Puis tout d’un coup, à la troisième ou quatrième question, l’auteur chéri qu’ils ont au fond du cœur échappe… « Et Paul de Kock ! » s’écrient-ils. On a bien de la peine à leur expliquer que ce n’est plus du tout la même chose, qu’il peut bien avoir son mérite, qu’il l’a probablement, mais qu’on ne sait pas au juste, qu’on ne l’a pas lu. L’auteur anglais ne s’est donc pas heureusement orienté en commençant ; il aime, en lisant, le pêle-mêle ; il y a un peu de béotisme dans son début ; comme il est fier et rude, ce n’est pas nous qui essaierons de le ramener et de lui indiquer les sentiers plus sûrs, moins à portée de son retard : Heu ! liquidis immisi fontibus aprum !

M. Hugo, qu’il introduit très naïvement après Paul de Kock, est tout d’abord dénoncé, pour sa Notre-Dame, comme un disciple de Scott, comme un plagiaire de Quentin Durward. Scott a été lu, admiré, aimé, et, si l’on ose dire, compris ici de telle sorte, qu’on n’est pas suspect quand on lui refuse une part de plus. Non, la Notre-Dame de Paris ne ressemble pas à un roman de Walter Scott. L’auteur anglais s’est laissé prendre à une couple de scènes où figure Louis XI. L’inspiration fondamentale de Notre-Dame, qui est la cathédrale, appartient en original à M. Hugo, et ne pouvait être exécutée que par un écrivain de ce style. Mais style, qu’est-ce cela ?! Nous n’expliquerons pas à l’auteur anglais quel cas nous faisons de M. Hugo sous cet aspect. De loin, et d’une langue à l’autre, on n’y regarde pas de si près ; on ne va qu’au gros du roman, ce