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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/748

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nation dans la nation ; l’on n’obtient, en aucune façon, l’expression politique de l’époque et du pays.

La loi de 1831 est mauvaise parce qu’elle est exclusive. La majorité abaisserait le cens à 150 francs ou à 100 francs, qu’elle ne rendrait pas le système meilleur ; ce serait toujours le même élément. A voir la France de sang-froid, on demeure convaincu que l’opinion des électeurs à 100 francs ressemblerait autant à celle des électeurs à 200 francs, que l’opinion de ceux-ci s’est trouvée ressembler à celle des électeurs à 100 écus. Les intérêts sont les mêmes, ainsi que l’éducation. Étendre le suffrage dans cette direction, ce serait seulement retrancher une injustice de la loi.

La véritable question, la difficulté de la réforme électorale, consiste dans l’adjonction des capacités et dans la proportion de cette adjonction. C’est un nouveau progrès à faire, et qui peut se faire sans révolution ; une éventualité aujourd’hui, et demain une nécessité.

Si l’accession des capacités se bornait à la deuxième liste du jury, on aurait peu gagné à la réforme, on aurait appelé les avocats au pouvoir, et cette classe d’hommes ne l’a que trop envahie. Le véritable signe de la capacité aujourd’hui, c’est l’élection, ce sont aussi les services rendus. Que l’on fasse une conscription électorale des officiers en retraite, des officiers de la garde nationale et des membres des conseils municipaux ; ceux-là concourront utilement avec les censitaires à 100 fr. d’impôt. Le cadre des adjonctions admises par la loi municipale pourrait encore servir de base à la réforme de notre loi d’élection.

Peut-être le moment n’est-il pas venu d’une réforme aussi large. La chambre actuelle ; élue sous l’influence exclusive de la propriété, et qui en reproduit fidèlement les préjugés, voit avec envie les supériorités intellectuelles ; elle les déteste par instinct comme des influences rivales ; elle les redoute dans la personne de la presse comme un quatrième pouvoir. On ne s’aperçoit pas cependant qu’en les mettant ou en les laissant en dehors de l’état, on les rend bien plus redoutables. On ne veut pas les avoir pour concurrens, et l’on s’en fait des ennemis ; en leur interdisant l’ambition légitime de gouverner, on ne leur ouvre d’autre issue que l’anarchie. Ainsi s’explique pour nous l’histoire orageuse des cinq dernières années.

Tel qu’il est, nous le savons, le corps électoral représente encore