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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/669

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Nous ne parlerons donc pas des savans sans parler de leurs travaux, et nous dirons de ces travaux tout ce que des lecteurs éclairés et curieux peuvent désirer d’en connaître. Si ardue que soit une science, il y en a toujours une partie d’accessible aux esprits ordinaires, et qu’ils peuvent apprécier sans avoir passé par l’École Polytechnique ou sans être membres d’une académie ; c’est la partie que l’on peut appeler philosophique, c’est l’idée dominante qui dirige le savant au milieu de ses recherches les plus profondes, de ses calculs les plus arides et les plus compliqués ; c’est la seule qui intéresse le monde, la seule qui le mette en rapport avec les savans. La partie purement scientifique d’une nouvelle découverte reste dans les académies ; mais le résultat de cette découverte, l’idée neuve, s’échappe et s’envole pour se répandre au dehors ; elle ne peut rester enfermée entre quatre murailles ; c’est cette partie de la science que nous rechercherons dans les travaux des savans, que nous apprécierons, que nous jugerons, et à laquelle nous prêterons un langage intelligible pour nos lecteurs.

Il nous a semblé que nous ne pouvions pas faire l’histoire des savans de notre époque sans parler des principaux établissemens scientifiques auxquels ils sont attachés ; ce serait raconter la vie d’un général sans parler des champs de bataille où il a remporté des victoires. Les académies et les laboratoires des savans sont les théâtres de leur gloire. D’ailleurs, il ne sera pas sans intérêt pour nos lecteurs de leur faire mieux connaître un grand nombre d’établissemens scientifiques dont on ne sait guère que le nom.

L’Académie des sciences est le premier corps savant de Paris ; elle fixe chaque jour l’attention du public, et pourtant combien n’ignore-t-on pas son organisation, sa composition, l’ordre de ses travaux, quels sont les savans qui ont le plus contribué à son illustration, les noms mêmes de ceux qui y siégent aujourd’hui. L’histoire de l’École de Médecine, celle du Jardin des Plantes, de l’Observatoire, du Collège de France, etc., est bien ignorée, et nous y puiserons des notions curieuses. C’est ainsi que l’Hôtel-Dieu rappelle sur-le-champ le nom de M. Dupuytren, et peut-être ne devrait-on pas séparer l’histoire de l’établissement de la biographie du chirurgien en chef ; mais pour le moment nous ne nous occuperons que du savant.

M. Dupuytren était d’une taille élevée, ses traits prononcés et sévères, son front large et saillant, sa tête forte et d’une belle proportion,