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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/665

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libre de Bruxelles a reçus jusqu’à ce jour, cette institution ne serait pas de nature à créer à l’université catholique une bien longue ni bien redoutable concurrence.

Il est donc évident que de Louvain sortira surtout la génération appelée à fixer l’avenir de la Belgique. Si les jeunes gens qui demandent à l’enseignement public une carrière et des moyens de fortune et de travail, se préparent à la profession d’avocat ou de médecin à Gand, à Bruxelles et à Liège, ceux pour lesquels les études universitaires ne sont qu’une initiation à la vie publique, aux loisirs d’une existence déjà faite, iront à l’université catholique pour y rencontrer des habitudes et des idées analogues à celles qu’ils auront emportées de leur famille, et qu’ils sont destinés à y retrouver bientôt. Or, il n’y a pas à démontrer, à qui connaît la Belgique, que dans cette classe, la plus importante et peut-être la plus nombreuse, puisqu’elle comprend la noblesse territoriale et la haute industrie, repose la principale influence sociale. Hors de là il n’y a guère que des unités sans puissance, que des chiffres sans zéros derrière pour faire nombre.

Le catholicisme a donc en Belgique une haute et patriotique mission c’est en ses mains qu’est commis l’avenir d’un peuple libre ; à lui de développer des intelligences lentes et paresseuses, de fixer des imaginations mobiles ; à lui le soin d’inspirer à la génération qui s’élève le tact délicat de l’honneur et de créer une armée nationale, de suggérer le goût de la vie publique sans la fiévreuse ambition qui la suit, de moraliser l’industrie dont il activera l’essor et saluera les conquêtes ; à lui enfin de prouver que les nationalités circonscrites ne sont pas déshéritées des principaux bienfaits de la civilisation humaine.

Cette tâche sans doute est ardue dans un siècle où l’entraînement des choses, autant que celui des idées, semble tendre à réunir les nations, et à la porte d’un peuple qui a consacré par l’apothéose d’un grand homme la monomanie des conquêtes. Tous les obstacles, d’ailleurs, ne sont pas au dehors ; le clergé belge en rencontrera de non moins graves dans son propre sein ; il lui faudra travailler sur lui-même en même temps que sur le pays, et se rendre digne de l’œuvre patriotique que les évènemens ont placée en ses mains.

Le plus grand danger pour un corps religieux, c’est l’autorité même qu’il exerce quand elle est aussi universellement acceptée que dans ces provinces. Alors la vérité ne monte plus jusqu’à lui, et la flatterie le circonvient comme un roi sur son trône. Pour nous, qui adhérons, comme au principe même de notre vie intellectuelle, au dogme éternel dont il est dépositaire, et qui confessons cette intime solidarité dans un recueil où ce dogme rencontre souvent des adversaires, nous devons à ce nom