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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/664

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où tout respire la méditation et l’étude, cette vaste halle aux draps que, selon la chronique brabançonne, cent cinquante mille ouvriers remplirent de leurs ouvrages, avant que de nombreux auditeurs ne s’y pressassent autour des doctes chaires.

Pendant que le parti catholique élevait ainsi, avec les modestes mais innombrables offrandes versées à la porte de chaque église, un établissement déjà imposant, l’école rationaliste, à l’aide de souscriptions recueillies par les journaux, formait une université libre. Cette tentative fut applaudie par tous les partis comme un hommage rendu à la liberté, et ces applaudissemens furent d’autant plus unanimes, qu’il était difficile de prévoir pour cet établissement un avenir durable et une influence sérieuse.

Quatre universités se partagent donc le royaume. L’une s’appuie sur le vieux dogme, immuable comme la vérité mathématique et l’humanité dans ses conditions essentielles ; l’autre essaie de formuler cette loi du progrès plus facile à proclamer qu’à définir ; enfin les deux universités ministérielles, composées de professeurs de toutes les écoles, de croyans de toutes les sectes, hommes individuellement honorables, mais choisis pour satisfaire aux exigences les plus contradictoires, les deux universités de Gand et de Liège, dont la presse recueille toutes les paroles pour les faire remonter jusqu’au pouvoir comme à leur source, sont réduites à faire ce qu’on appelle la science pour la science, c’est-à-dire à disserter sans conclure.

Aussi peut-on penser que nonobstant la valeur personnelle des professeurs, et quoique la France ait prêté à la Belgique des hommes[1] dont l’une et l’autre doivent être fières, les deux universités officielles, épiées à la fois par l’orthodoxie catholique et l’opposition libérale, ne sont guère appelées à exercer d’action philosophique sur le pays[2]. Les études spéciales, telles que le droit et la médecine, fleuriront seules à Gand et à Liège, et si l’on en juge par le petit nombre d’élèves que l’université

  1. MM. Gibon et Lacordaire, professeurs à Liège ; Margerin et Huet, professeurs à Gand. MM. de Coux et de Cazalès se sont associés à l’œuvre fondée par l’épiscopat belge. L’Allemagne catholique et savante est représentée, à Louvain, par MM. Moëder et Arandt, l’Italie par M. Pagani.
  2. Si l’on en jugeait par divers passages du rapport présenté à la chambre des représentans par M. Dechamp sur la loi organique de l’enseignement, ces deux universités pourraient, même dans la pensée du législateur, n’avoir qu’une existence provisoire ; elles ne seraient maintenues que jusqu’au jour où la liberté de l’enseignement aurait porté des fruits assez nombreux pour qu’on renonçât à un mode aussi onéreux pour l’état qu incompatible avec l’esprit de sa constitution.