Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/62

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Maintenant, me dit milord, il faut quelque chose dans les poches pour les empêcher de ballotter, voila cent guinées.

— Qu’est-ce que ça fait, cent guinées ?

— Deux mille sept cent francs, à peu près.

— Mais vous ne me devez que deux mille francs.

— Pour les chamois, c’est vrai ; les 700 francs seront pour le voyage.

— Enfin, que je lui dis, je ne sais pas comment vous remercier, moi.

— Ça n’en vaut pas la peine. Maintenant, tant que vous voudrez rester, vous me ferez plaisir.

— Merci, mais voyez-vous, faut que je retourne au pays, ma fille est accouchée, et on m’attend pour le baptême ; oh ! sans ça je resterais ici, j’y suis bien.

— Alors je vous ferai reconduire demain à Brighton ; le paquebot part après-demain pour le Havre, j’y ferai retenir votre place.

— Tenez, milord, j’aimerais mieux m’en aller par un autre chemin, et payer la voiture.

— Cela ne se peut pas, mon ami : l’Angleterre est une île comme le jardin où nous avons été, vous savez ; seulement au lieu de glace, c’est de l’eau qu’il y a tout autour.

— Enfin, puisque c’est comme ça, et que nous n’y pouvons rien faire, il ne faut pas nous désoler, je partirai demain.

Le lendemain, au moment de monter en voiture, madame Milady me donna une petite boîte. — C’est un cadeau pour votre fille, me dit milord. — Oh ! madame Milady, que je lui dis, vous êtes trop bonne.

— Vous pouvez appeler ma femme Milady tout court.

— Oh ! jamais.

— Je vous le permets.

— Il n’y a pas eu moyen de refuser, je lui ai dit : Adieu, Milady, comme j’aurais dit : Adieu, Charlotte ; et me voilà.

— Soyez le bien-venu, Payot ; vous dînez avec moi, n’est-ce pas ?

— Merci, vous êtes trop bon.

— C’est bien, à quelle heure dînez-vous ordinairement ?

— Mais, je mange la soupe à midi.

— Cela me va parfaitement, c’est l’heure où je déjeune. C’est dit, je vous attends.