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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/610

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nourrir de nombreux vers à soie ? On convient que les essais tentés en coton et en indigo ont réussi ; seulement, les produits ont été faibles, parce que la tentative a été timide.

Mais peut-on s’arrêter en chemin de si magnifiques espérances et la France peut-elle négliger de s’assurer si désormais elle pourrait ne devoir qu’à elle-même la soie, le coton, l’indigo, c’est-à-dire les produits que réclament ses manufactures et que son terrain continental lui livre peu ou point.

Plusieurs doutent que la canne à sucre puisse être cultivée avec beaucoup d’avantages. On dit avoir semé des grains de cafier qui n’ont pas levé. Sans admettre ou nier ces faits que l’avenir éclaircira, nous disons que, fussent-ils vrais, ils ne sauraient nous détourner de la culture de l’Afrique ; nous recevons dans nos ports assez de café ; et du sucre, nous en avons trop ; nous sommes embarrassés entre le sucre colonial et le sucre indigène.

Nous indiquerons en passant une considération grave. Nos rapports avec nos anciennes colonies peuvent un jour être altérés, tarit par l’abolition graduelle de l’esclavage, que par l’abondance du sucre indigène. On n’enchaîne pas les développemens de l’humaine activité. La France pourrait-elle manquer de prévoyance et ne doit-elle pas, en assurant sa présence sur un autre point, concilier sa grandeur avec les mouvemens du monde ?

Le sol de l’Afrique est doué d’une grande fécondité qui provoque et récompense le travail. L’agriculture, dont la France a le goût et le génie, peut s’y déployer à l’aise. Si, chez nous, la division de la propriété, qui est un bienfait politique, s’oppose quelquefois aux exploitations vastes et hardies, qui pourrait gêner en Afrique les entreprises d’une agriculture savante ? Là, au prix où en sont les terres, comme on n’a guère à payer que la main-d’œuvre, on peut placer ses fonds au moins à 12 pour 100. Partez donc, riches et capitalistes, allez ; voilà d’honorables spéculations et des richesses pures. Appelez à vous les bras d’une pauvreté laborieuse, et faites à la France un riant et fertile jardin où ses enfans puissent aller chercher les uns l’abondance, les autres le repos, d’autres enfin la gloire.

Car, dans les sillons de cette Afrique, j’aperçois l’uniforme de nos soldats, les couleurs de la France, et l’agriculture travaille à l’abri de nos armes. Nous sommes en paix avec l’Europe, et le repos,