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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/579

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Où, d’ailleurs, la liberté commerciale est-elle mieux placée qu’en Belgique ? Quel pays a plus d’intérêt à en faire proclamer le principe ? Où Mons placera-t-il ses houilles, qui sont à la Belgique ce que les vins de Bordeaux sont à la France, source immense de richesses s’ils s’écoulent au dehors, source d’inquiétude et de perturbation si l’étranger les repousse ? Sacrifiera-t-elle sa vieille industrie linière, si profondément nationale, et qui donne aujourd’hui une importation de plus de 20,000,000, aux exigences des filatures de coton, dont la vente, en France, n’atteindra jamais la moitié de cette somme ? Otera-t-elle, par un exhaussement de tarif, à l’intéressante population du Luxembourg, l’espérance de voir la France se montrer moins rigoureuse pour l’admission d’un bétail qui fit autrefois sa richesse, et cause aujourd’hui sa profonde misère ?

Une telle méconnaissance de ses propres intérêts est impossible, quelque importance politique qu’on puisse mettre à se concilier l’opinion industrielle, quelque prépondérans que soient les intérêts producteurs et fonciers au sein de la législature belge.

C’est sous un autre point de vue qu’il faut envisager les propositions restrictives de la liberté commerciale, plusieurs fois formulées à la chambre des représentans et dans le sénat. Leur but est moins d’agir sur la Belgique que sur la France ; elles sont à la fois une ouverture et une menace. La France tient, en effet, dans ses mains l’avenir commercial de ce pays comme son avenir politique. Si elle ne rendait pas graduellement plus facile l’admission des fers et des houilles du Hainaut, si elle persistait à opposer une éternelle barrière aux produits si multiples de l’industrie de Gand et de Liège, aux draps de Verviers, qui demande courageusement à la liberté commerciale de guérir les plaies temporaires que le système colonial lui a faites, comment se dissimuler qu’il ne resterait à la Belgique qu’une alternative également déplorable pour elle et pour nous, la chute de son industrie, ou son adhésion au système prussien ?

Qu’on n’argue pas, pour contester cette éventualité, de ce qui vient d’être dit sur la situation actuelle de la fabrique belge, qui ne souffre ni de l’excès de ses produits, ni de l’exiguïté de ses débouchés. L’industrie de ce pays est loin d’être arrivée au complet développement qu’elle ne peut manquer d’atteindre. D’ailleurs, la révolution a créé pour un temps à l’intérieur du royaume bien plus de ressources qu’elle n’en a enlevé ; il a fallu équiper et armer cent mille hommes ; d’immenses travaux publics ont été entrepris ; les hauts-fourneaux et les houillères suffisent à peine pour y répondre ; enfin, le marché national est venu offrir à l’une des principales industries un débouché nouveau. Mais la plupart de ces ressources sont temporaires ; elles disparaîtront bientôt avec cette irritation fébrile et cette activité artificielle qu’entretiennent pour un jour les