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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/542

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Parle-moi donc, ô Providence! je t’écoute à genoux ; parle-moi par tous tes organes, par tous tes signes, par toutes tes productions ; brise, dis-moi ce que tu as dit à l’hirondelle et qui lui a donné tant de confiance, qu’elle a quitté son nid sans connaître encore l’usage de ses ailes ; hirondelle, appelle-moi du haut des airs ; murmures des bois et des eaux, racontez-moi les secrets d’amour et de joie que vous cachez dans votre sein ; ô nature! ô ma mère ! ô ma sœur! aide -moi à vivre.

Le miracle s’opéra ; la mère, la sœur, la Providence prit dans ses bras l’enfant prodigue, si long-temps oublieux de son amour. Ce retour à la résignation, à la patience, à la bienveillance, fera le sujet d’un récit que je veux, que je dois mettre sous vos yeux, ô vous qui souffrez ce que j’ai souffert! ô vous qui buvez le calice que j’ai vidé! Amis, frères, sœurs, esprits troublés, cœurs déchirés, âmes sympathiques, petit nombre choisi que Dieu éprouve en raison des forces par lui départies, vous que le monde ne peut consoler, et qui ne trouvez jamais ici-bas de quoi suffire à vos immenses besoins, à vos ambitions ardentes, pardonnez-moi de mettre aujourd’hui sous vos yeux le tableau de mes jours de découragement, et promettez-moi de lire et d’écouter aussi, quand je viendrai vous dire où j’ai puisé l’espoir et la force. L’embrassement divin d’une puissance inconnue est venu saisir mon ame ; mais pour vous faire entrer dans cette nouvelle phase de ma destinée, il me faut le temps de ressaisir mes impressions rapides, il me faut la puissance d’analyse qui manque encore à ces instincts impérieux d’une foi renaissante. J’ignore comment le paraclet mystérieux est descendu à ma voix, par quelles fibres de mon être il m’a saisie, et quelles cordes endormies l’aile de la colombe céleste a fait vibrer en moi ; je vous le dirai. Aujourd’hui, ce que je sais seulement, c’est que toute plainte amère vient de l’orgueil exagéré ; c’est que, loin de mépriser ceux qui sont encore dans les liens de la douleur, celui que le souffle bienfaisant ranime, sent s’allumer, dans son sein, le droit de faire à ses semblables le même bien que Dieu vient de lui faire.