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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/540

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plus de ferveur ; nous vous prierions comme un Christ aux larmes saintes.

Est-ce beau, est-ce puéril, cette affectation d’utilité philantropique ? Est-ce la liberté de la presse ou l’exemple de Goëthe suivi par Byron, ou la raison du siècle qui nous en a délivrés ? Est-ce un crime de dire tout son chagrin, tout son ennui ? Est-ce vertu de le cacher ? Peut-être ! se taire, oui ; mais mentir ! mais avoir le courage d’écrire des volumes pour déguiser aux autres et à soi-même le fond de son ame !

Eh bien ! oui, c’était beau ! Ces hommes-là travaillaient à se guérir et à faire servir leur guérison aux autres malades. En tâchant de persuader, ils se persuadaient. Leur orgueil, blessé par les hommes, se relevait en déclarant aux hommes qu’ils avaient su se guérir tout seuls de leurs atteintes. Sauveurs ingénus de vos ingénus contemporains, vous n’avez pas aperçu le mal que vous semiez sous les fleurs saintes de votre parole ! vous n’avez pas songé à cette génération que rien n’abuse, qui examine et dissèque toutes les émotions, et qui, sous les rayons de votre gloire chrétienne, aperçoit vos fronts pâles sillonnés par l’orage ! Vous n’avez pas prévu que vos préceptes passeraient de mode, et que vos douleurs seules nous resteraient, à nous et à nos descendans !

Au moment de cacheter le paquet pour l’envoyer à l’impression, je me sens saisie d’un scrupule plein de tristesse et d’amour pour les êtres souffrans aux mains de qui cet écrit peut tomber, et j’éprouve le besoin de leur dire encore une fois qu’il n’est pas d’éternelles douleurs, pas de blessures sans remède. Lorsque les hommes se sont faits entre eux tout le mal dont ils sont capables ; lorsque l’homme s’est permis à lui-même toute la douleur qu’il peut supporter, l’incréé, l’infini, le Dieu, vient à l’aide de la créature et la renouvelle. Il la réchauffe d’un rayon du soleil éternel. Quand nous avons invoqué en vain tout ce que nous connaissons, le sentiment de la faiblesse humaine nous jette à genoux devant le grand inconnu qui apaise et qui console. Nous l’invoquons d’abord sous des formes vagues ; au printemps de l’année dernière, j’écrivis sur mon album cette invocation mélancolique et déjà pleine d’espérance :