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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/532

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vagabond, sa bourse et son vêtement à tous les pauvres, son temps et ses lumières à tous ceux qui les réclament.

« Le juste hait les méchans et méprise les lâches. Il leur donne du pain s’ils en manquent, et des conseils s’ils en veulent. S’ils se convertissent, il les encourage et leur pardonne ; s’ils s’endurcissent dans le mal, il les oublie, mais il ne les craint pas ; et si un assassin l’attaque, il le tue bravement et se regarde comme l’instrument de la justice de Dieu.

« Le juste ne s’ennuie jamais. Il travaille tant qu’il peut, soit avec le corps, soit avec l’esprit, selon ses besoins et ceux d’autrui. Quand il est las, il se repose et pense à Dieu ; quand il est malade, il se résigne et rêve au ciel.

« Le juste ouvre son cœur à l’amitié. Ce qu’il aime le mieux après Dieu, c’est son ami ; et il ne craint jamais de l’aimer trop, parce qu’il ne peut aimer qu’un être digne de lui !

« Le juste est orgueilleux, mais non pas vain. Il ne sait point s’il est jeune, beau, riche, admiré, il sait qu’il est juste ; et quoiqu’il pardonne à ceux qui le méconnaissent, il s’éloigne d’eux. Il sait que ceux qui ne le comprennent point ne lui ressemblent point, et que s’il pouvait les aimer, il cesserait d’être juste.

« Le juste est sincère avant tout, et c’est ce qui exige de lui une force sublime, parce que le monde n’est que mensonge, fourberie ou vanité, trahison ou préjugé.

« Le juste méprise l’opinion de la foule ; il est le défenseur du faible et de l’opprimé, et n’élève la voix parmi les hommes que pour défendre ceux que les hommes accusent injustement. Il ne s’en remet à personne du soin de prononcer sur un accusé. II ne croit au mal que quand il le sait, et sans s’inquiéter de l’anathème ou de la risée des gens, il va écouter les plaintes de Job jusque sur son fumier.

« Le juste pèche sept fois par jour ; mais ce sont des péchés de juste. Il y en a qu’il ne commet jamais, et qu’il ne soupçonne pas même.

« Le juste est souvent injurié et calomnié ; mais il obtient toujours justice, parce qu’il l’aime, parce qu’il la veut, parce qu’il est fort et sait l’imposer. Il a des ennemis, des indifférens ; quelquefois la foule entière est contre lui ; mais il a pour amis quelques justes