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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/518

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sentimens se sont trouvés un peu mieux formulés. Je ne m’en suis pas aperçue, et mes amis n’y ont pas pris garde peut-être dans le moment, absorbés qu’ils étaient par la réalité de mes souffrances. Mais après la guéridon, ils me rapportent parfois ces monumens de tendresse et de douleur, et m’engagent à les communiquer à nos amis inconnus, à ceux qui souffrent maintenant loin de nos regards les mêmes maux dont je souffrais hier. C’est dans le but d’aider ces âmes malades à connaître leur mal, à l’examiner et à le guérir, que j’ose publier quelquefois des sentimens tout personnels. Sans ce but, de telles révélations seraient puériles. Vous ne les jugerez pas sévèrement, vous tous qui m’exprimez souvent, sous le voile délicat de l’anonyme, des appels si tendres et des reproches si sympathiques. C’est pour vous que j’ai le courage de raconter tout haut, et à mesure qu’elle s’écoule, ma vie obscure, paresseuse et naïvement triste ou gaie, molle ou robuste, sombre ou riante. Je vous dois toutes mes impressions, et je vous les dirai en implorant votre patience pour l’avenir, quand le présent vous déplaira. Les pages que je vous livre aujourd’hui vous montreront jusqu’où peuvent aller le découragement et le doute. J’espère vous dire bientôt comment on recouvre l’espoir et la force.

Ceux de vous qui le savent déjà aimeront à se retracer, en me lisant, les fatigues de leur vie passée, comme le voyageur qui a revu le seuil de sa maison, se plaît à rêver aux traverses et aux soucis de son pèlerinage accompli. Ceux qui errent encore dans l’orage et dans la nuit sauront du moins de quelles perplexités on peut sortir, de quels abîmes on peut voir l’issue. Ils verront que j’ai été aussi perdue, aussi épouvantée, aussi fatiguée qu’ils le sont, et le cri d’une voix amie qui les appelle du haut de la première colline, en commençant à gravir la montagne immense, leur donnera, je l’espère, un peu de confiance et de soulagement.


Septembre 1834,

Combien j’ai à te remercier, mon vieil ami, d’être venu me voir tout de suite ; je n’espérais pas ce bonheur, et je vois que, ta position n’ayant pas changé, c’est une grande preuve d’amitié que tu m’as donnée. J’ai passé une journée heureuse, mon brave Malgache, auprès de toi, au milieu de mes enfans et de mes amis. J’ai ri de bien bon cœur de nos anciennes folies ; j’ai renouvelé nos combats