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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/513

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le grand monument de gloire qu’avait rêvé Napoléon. C’est la meilleure réponse à faire à M. Jaubert. La chambre le sait comme nous.


— Les rapports de Paris et de Prague ont été passablement actifs pendant cette quinzaine. Après de longs pourparlers, une nouvelle expédition de légitimistes s’est dirigée vers la Bohème ; on remarque parmi ces voyageurs M. le marquis Jacques de F., M. de Jum…, M. de Cossé, M. de Montb… tous partis joyeusement et résolument pour essayer de terminer les divisions du parti, flottant entre Charles X et le dauphin, entre le dauphin et le duc de Bordeaux, qui sont tous plus ou moins rois de France. Il s’agit tout simplement d’obtenir du vieux roi Charles X et du vieux roi Louis-Antoine, leur abdication définitive en faveur du roi Henri V.

Mais le parti légitimiste compte encore de vieilles têtes qui ne traitent pas aussi légèrement les principes, et qui n’entendent pas qu’il y ait d’autre roi que Charles X, dût la royauté de Henri V en souffrir. En conséquence, tandis que les voyageurs que nous citons passaient les barrières de Paris, une autre voiture roulait déjà sur leurs traces, portant à Prague M. Hyde de Neuville, qui les a suivis de près. Instruit de longue main de ce qui se projetait, M. Hyde de Neuville cri avait averti Charles X, qu’on trouvera peu disposé à ce qu’on exige de lui, et que M. Hyde de Neuville va soutenir dans ses refus. Mais ces refus ont été prévus, et les partisans de Henri V sont décidés, dit-on, à enlever le duc de Bordeaux malgré Charles X, le dauphin, M. de Neuville, et M. de Blacas, qui est à la tête du parti de la résistance. Le projet des jeunes légitimistes serait de remettre le prétendant à Mme la duchesse de Berri, qui l’emmènerait en Suisse, afin d’être plus près du théâtre des événemens. Il y a lieu, toutefois, de douter que ce projet réussisse. La petite cour de Prague est prévenue, et elle se défendra par tous les moyens, car la cour de Charles X ne change pas, et le vieux roi est tout résigné au sort que lui a fait la révolution de juillet, ainsi qu’à sa famille. — « Ça été un duel, dit-il quelquefois, et le duc d’Orléans a eu la main heureuse. »

La santé du duc de Bordeaux serait aussi un obstacle à cette escapade qu’on veut faire à son grand-père. Le duc de Bordeaux n’est pas malade, comme on l’a dit, mais il souffre de la langueur d’une première jeunesse ; l’exercice du cheval l’incommode, et il peut rarement le supporter ; la promenade le fatigue, et l’excès de faiblesse de ses muscles l’oblige à la fois au repos physique et au repos moral. Eût-il d’ailleurs toutes les forces qui lui manquent, il lui serait difficile d’échapper à la surveillance de Charles X, qui s’entendrait avec la police française, plutôt que de laisser sa couronne, si couronne il y a, à son petit-fils.


— Une expédition qui intéresse l’humanité non moins que la science, celle que le bâtiment de l’état la Recherche entreprend pour retrouver les traces de M. de Blosseville et de ses compagnons, et pour explorer au passage l’Islande et les côtes du Groënland, mérite d’être signalée à l’attention et aux vœux publics. M. Gaimard, si connu déjà par la science et le courage dont il a fait preuve dans ses voyages autour du monde, s’est