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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/481

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de l’éducation religieuse et politique du pays, peut-être, sages précepteurs qu’ils étaient, pensaient-ils que leur écolier n’était pas encore assez mûr ni assez instruit pour lui accorder son émancipation. On ne peut les blâmer de ce qui n’était, après tout, qu’un acte de sollicitude. Chacun a droit d’agir selon sa conscience et le sentiment de son devoir. Or, que voulez-vous ? L’élève de Voltaire et l’enfant mutin de la révolution ne s’était pas encore assez amendé au gré de M. de Broglie et de M. Guizot, et ils répugnaient à lui couper ses lisières !

Elles tombèrent cependant, et M. Guizot ainsi que M. de Broglie acceptèrent d’assez bonne grace leur nouvelle situation. Dans une de mes lettres, je vous ai dit bien au long, monsieur, les douleurs de M. Guizot ; ce furent aussi les douleurs de M. de Broglie. Mêmes désappointemens, mêmes retours sur soi, même embarras des hommes, même difficulté à les conduire, et même irritation quand ils résistaient. Vous avez vu quelquefois un cocher inexpérimenté renoncer, faute de savoir les manier, à la puissance des rênes, et recourir au fouet. C’est M. de Broglie, c’est M. Guizot.

Je ne recommencerai pas le récit que je vous ai déjà fait. Le 21 août, M. de Broglie fut nommé ministre de l’instruction publique et des cultes, tandis que M. Guizot avait le département de l’intérieur. M. Molé était ministre des affaires étrangères. Ce fut le ministère de la non-intervention, principe qui fut nettement posé par M. Molé. Dès le commencement de son ministère, M. de Broglie vit déjà quelle différence il y a entre l’homme qui professe des théories politiques au fond de son cabinet, et le ministre qui lutte avec les affaires. M. de Tracy proposa l’abolition de la peine de mort. C’était une louable pensée que celle qui animait M. de Tracy. Les ministres de Charles X, qui avaient été arrêtés, se trouvaient sous une accusation capitale, et ils devaient les premiers éprouver les effets de cette réforme. Mais les ministres de Louis-Philippe pouvaient craindre qu’on ne les accusât de vouloir l’impunité pour les violateurs de la charte, et l’effervescence populaire était loin d’être calmée. M. de Broglie, qui avait professé si haut l’abolition de la peine de mort, dut s’abstenir de prendre part à cette discussion. Ce fut la première épreuve de ce genre ; elle se renouvela depuis, à propos de l’affranchissement des noirs, et de presque toutes les