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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/478

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principes sur la liberté, exposition bien incomplète, n’eut lieu, pour la première fois, qu’en 1817, à l’époque où le petit noyau de l’école doctrinaire commença à passer du côté de la démocratie. Vinrent ensuite les discours de M. de Broglie, pour la liberté individuelle, pour la liberté de la presse, les pamphlets de M. Guizot et les discours si renommés de M. Royer-Collard, qui le firent élire par sept collèges. L’école doctrinaire apparaît ; mais bientôt M. Royer-Collard, ainsi que M. de Broglie, se taisent, en s’enfermant dans le voile impénétrable de leurs nuages, et M. Guizot reste le seul dieu visible de cette trinité ; bien plus, il se fait homme et daigne se promener au milieu de ses disciples, les enseigner et rompre le pain avec eux. Aussi M. Guizot eut-il seul les avantages de la popularité ; et avec les avantages, les traverses et les infortunes. Il souffrit pour la doctrine, et fut destitué ; mais la morale populaire qu’il avait prêchée fructifia par la persécution, et il sortit du tombeau politique où l’avaient descendu les scribes et les pharisiens de la restauration, pour devenir ministre. Ici commence la troisième phase de l’école, ou plutôt elle revient au point d’où elle était partie.

Dès-lors, M. Royer-Collard se tait absolument et pour cause, son temps de parler n’étant pas encore revenu ; mais M. Guizot parle, M. de Broglie parle aussi, et ils tombent parce que leurs paroles sont trop claires. La Nécessité qui voulait qu’on souffrît la démocratie, et plus tard une incomplète aristocratie bourgeoise, est descendue en langues de feu sur les têtes des apôtres de l’école doctrinaire, et leur a annoncé que le retour de l’aristocratie véritable est proche. C’est là ce qui a fermenté sourdement, ce qui s’est laissé voir, et ce qui a véritablement renversé à deux fois les ministres doctrinaires, d’abord dans la personne de M. de Broglie, et ensuite dans deux personnes en une seule, M. de Broglie et M. Guizot ; c’est là ce qui a fait choir ceux qui avaient résisté à toutes les répugnances, et non pas une question de rentes et une question d’indemnité aux Américains, qui n’étaient en effet que des questions secondaires. Il se peut que M. Guizot et même que M. de Broglie reprennent la direction des affaires, mais, croyez-le bien, ce ne sera pas le jour où la question de la réduction de la rente sera abandonnée, où les idées diplomatiques de M. de Broglie triompheront dans une circonstance quelconque, mais ce sera