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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/446

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Le style est bon, court, net, clair, sans mauvaises locutions ; une fois pourtant il s’agit d’une personne qu’on n’aurait jamais connue sous un semblable rapport, une de ces manières de dire que ne toléraient Voltaire ni Courier ; M. Suard aurait dû ne point laisser passer cela ; il aurait coupé à la racine la seule espèce de défaut, plus tard reprochable à ce style si simple d’ailleurs, si vrai et surtout fidèle à la pensée.

Il n’y a pas plus trace, dans les Contradictions, de sentimentalité religieuse, que de toute autre disposition rêveuse ou passionnée. Le rôle de Pierre, qui se soumet en chaque chose à la Providence, a un grain de raillerie douce et fine qui ne saurait choquer personne, mais qui n’est pas fait non plus pour exalter. Le bon Pierre, avons-nous dit déjà, est une sorte de Pangloss honnête, un Jacques le Fataliste qu’on peut accueillir. En prononçant, avec les ménagemens convenables, ces noms toujours un peu suspects et mal sonnans, que ce nous soit une occasion d’ajouter qu’un des traits les plus marquans de l’esprit de Mlle de Meulan à ses débuts et dans les feuilletons du Publiciste où nous allons la voir, ç’a été de n’avoir aucune pruderie fausse, aucune délicatesse rechignée. Cette raison grave, cette conscience parfaite, ne traçait autour d’elle aucun cercle factice pour s’y enfermer. Mlle de Meulan ne croyait pas déroger en jugeant longuement Collé à la rencontre. Entre un feuilleton sur la Princesse de Clèves et un autre sur Eugène de Rothelin, elle abordait franchement le roman de Louvet, et sans grosse indignation, sans se voiler, elle le persiflait comme prétendu tableau de mœurs, le convainquait de faux, et le renvoyait aux couturières, marchandes de mode, garçons perruquiers et clercs de procureurs d’avant la révolution, pour lesquels il avait été fait sans doute. Mme Roland, qui trouvait ce roman joli, et qui précisément y cherchait avec un secret plaisir les mœurs d’une classe qu’elle détestait,