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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/438

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certaine communauté de sympathies gouvernementales, une autorité d’éducation, de fortune et de moralité, qui lui permet de peser quelque poids dans la balance et de se ménager une transaction honorable. J’ai cherché vainement quelque chose d’analogue en Belgique. On trouve dans ce pays des intérêts orangistes ; il existe des partisans de l’ancien gouvernement dans des rangs très divers de la société, ils sont même en assez grand nombre dans certaines villes ; mais ces élémens n’ont entre eux aucune sorte de cohésion ; ils ne sont liés par aucun engagement de conscience et d’honneur au triomphe de leur cause. Ici ce sont quelques serviteurs des princes déchus qui ont perdu leur position de cour, ailleurs des négocians qui regrettent des débouchés lucratifs, des capitalistes surtout engagés d’intérêts avec le chef de la maison régnante : ces sentimens se traduisent en places et se cotent en doit et avoir. Rencontrez-vous un ennemi de la révolution et de l’indépendance belge ? vous pouvez demander avec quasi-certitude d’obtenir une réponse catégorique, par quel motif d’intérêt cet homme appartient à l’opinion orangiste. Si, en France, quand la vieille monarchie y levait encore des armées, vous aviez interrogé le paysan vendéen, le compagnon de Condé, tombé des voluptés d’une vie somptueuse au métier de soldat à cinq sous par jour, ils auraient rien su vous répondre, sinon que leur sang appartenait de droit à cette cause.

Aujourd’hui que les transactions commerciales ont pris en Belgique une activité inespérée après une aussi grave perturbation, et que les plus beaux noms des Pays-Bas ont fait acte d’adhésion à la jeune royauté belge, le seul lien du parti orangiste est, il faut le dire, la haine du catholicisme et de la France. Ce double sentiment se donne libre carrière dans quelques feuilles que les fonds secrets de la Hollande stipendient peut-être, mais que le roi Guillaume est trop moral pour avouer. Le temps n’est pas éloigné où le parti orangiste ira s’abîmer dans le libéralisme anti-religieux et anti-national, qui repose sur le même fonds d’antipathies, opinion qui se console de son impuissance par le scandale, et dont les organes font trop souvent rougir la pudeur et désespérer de la liberté.

Nous venons de parcourir les siècles, et nous avons partout trouvé, souvent confuse, mais jamais éteinte, une idée méconnue, aspirant à se faire jour. Nous apprécierons bientôt l’établissement constitutionnel du 7 février 1831 ; mais il faut nous rendre compte d’abord de la situation politique et commerciale faite au nouveau royaume de Belgique par le traité du 15 novembre, qui a fixé ses limites et déterminé ses conditions d’existence.