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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/436

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Cette révolution, à l’exemple de celle qui lui servit de signal, a été quelque temps incertaine de son caractère et de ses destinées. Mais bientôt la force prépondérante s’est fait place en écartant tous les élémens incompatibles avec elle. Le premier instigateur du mouvement, M. de Potter, est rentré dans son néant, sans qu’on s’aperçût même de sa disparition. MM. Gendebien et Séron continuent à la chambre une opposition sans importance et sans écho ; et tandis qu’en France la révolution de juillet, se dégageant de l’émeute et de la guerre qui grondèrent sur son berceau, finit par consacrer la souveraineté parlementaire et la prépondérance pacifique de la bourgeoisie, le mouvement belge, après des oscillations analogues, remettait le pouvoir aux mains du parti catholique, le plus vivace représentant de la nationalité.

C’est ce principe de nationalité imprescriptible que les grands pouvoirs de l’Europe ont dû proclamer en lui rendant un tardif hommage, et l’on peut croire que vingt années ne se passeront pas sans que de grands évènemens ne les conduisent à chercher le salut du monde dans une autre application du même dogme, et sans que le mémorable précédent de la conférence de Londres ne soit invoqué dans une plus grande cause.

La Belgique a mission de remettre en honneur, par ses progrès politiques, cette doctrine du droit historique et national dont elle a bénéficié la première. Quant à l’Europe, sa tâche semble terminée : elle l’a remplie aux applaudissemens du monde, avec une consciencieuse entente de la matière qui expie les légèretés de 1815.

Ce n’est que par un étrange renversement de toutes les notions du droit public qu’on a prétendu imposer aux puissances signataires des actes de Vienne l’obligation de maintenir, au profit de la maison d’Orange, un établissement dissout de facto, et dont une tentative de restauration aurait compromis, bien loin de la défendre, la cause européenne. Le but des parties contractantes, en réunissant la Belgique à la Hollande, avait moins été de grandir la famille de Nassau dans la hiérarchie des maisons princières, que d’empêcher la réunion de ce pays à la France. Dès-lors, en proclamant l’indépendance du nouveau royaume, on est resté dans l’esprit, sinon dans la lettre des traités.

L’Europe eût désiré, sans doute, circonscrire la révolution belge dans les plus étroites limites. Elle espéra un instant qu’un redressement de griefs pourrait suffire à rétablir l’harmonie ; elle se rattacha ensuite à l’idée d’une séparation administrative ; elle appuya plus tard l’indépendance sous un Nassau ; enfin, elle dut déclarer solennellement que tout était consommé ; elle rendit la Belgique à elle-même, n’imposant à cette liberté d’autres restrictions que celles commandées par les intérêts d’un ordre supérieur, intérêts de sociabilité générale, que tous les ambassadeurs