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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/428

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an IV, prononçant réunion intégrale et définitive des Pays-Bas à la France, ce ne fut pas sérieusement qu’on s’appuya sur le vœu de ces populations, dont les votes, pour la réunion, avaient été arrachés à coups de sabre, selon Dumouriez. Merlin, rapporteur de la commission, et Carnot, qui appuya les conclusions du rapport, avaient de bien meilleures raisons à donner.

« Il importe à la république, disait le rapporteur, de dissiper les craintes que la malveillance et l’ineptie se sont accordées à répandre sur l’insuffisance du gage actuel de nos assignats, et, par conséquent, d’ajouter à ce gage les domaines que le clergé et la maison d’Autriche possèdent dans le pays de Liége et la Belgique ; domaines si considérables, si riches, si multipliés, que les calculs les plus modérés en portent la valeur à plus des deux tiers de la somme totale de nos assignats en circulation. »

Carnot ajoutait à ces hautes raisons financières, des motifs stratégiques fort graves sans doute, mais qu’on a pu invoquer avec tout autant de justice après nos désastres, pour nous enlever Philippeville et Marienbourg, et pour porter les avant-postes prussiens sur la partie la plus découverte de nos frontières. L’occasion s’offrira plus tard de présenter sur la question si controversée des limites naturelles de la France, quelques observations que nous croyons conformes à ses intérêts permanens, à sa véritable mission et à son influence. Constatons seulement ici qu’en 1795 la France a voulu se faire une barrière contre l’Europe, comme en 1815 l’Europe a entendu se créer une barrière contre la France.

L’absorption de la Belgique dans le grand empire hâta la chute de sa nationalité plus que n’avait fait la durée séculaire de la domination espagnole et autrichienne. Le blocus continental imprima à l’industrie de ces départemens une activité chaque jour croissante. Leurs produits naturels et manufacturés eurent pour marché la moitié de l’Europe. Brest tomba devant Anvers, et Napoléon portait, de sa résidence de Saint-Cloud à sa résidence de Laëken, le prestige de sa gloire et les hommages du monde. La puissance assimilatrice du génie français s’exerça vite sur les populations associées à notre gloire et enrichies par la conquête. Lorsque l’empereur logeait au palais des archiducs, qu’Anvers, Gand et Liège étaient chefs-lieux de préfecture, il était difficile de découvrir ce qui survivait encore de la nationalité flamande et wallonne. Cependant ce lien, formé par l’intérêt, n’était pas tellement étroit que les Belges n’abandonnassent vite la fortune chancelante de la France. Immobiles à Waterloo sous le canon de notre armée, et devant notre drapeau, ils avaient promptement oublié tant de combats livrés ensemble.

Aussi l’Europe ne rencontra-t-elle pas dans ce pays les résistances qu’il