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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/426

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le siècle dans ses mépris superbes pour les temps qui n’étaient plus.

La démocratie philosophique, représentée par Vonck et Vandermersch, s’efforçait d’imprimer une direction franco-républicaine à un mouvement qui avait été dans l’origine catholique et national. Vandernoot, appuyé sur la majorité des états, tendait à faire prédominer l’influence diplomatique en faisant valoir les vagues promesses de quelques cours. L’attente d’une intervention anglo-prussienne pour arracher les Pays-Bas à l’Autriche, paralysa l’énergie du mouvement révolutionnaire, et, plus que toute autre cause, facilita la conquête qui, l’année suivante, rendit presque sans combat ce pays à l’empereur.

Vandernoot ne sut pas comprendre que l’orage qui grondait en France, en menaçant de s’étendre sur le monde, devait faire dévier les cabinets de leur politique traditionnelle, et qu’en présence d’un danger universel, ils avaient plus d’intérêt à dégager la cour de Vienne de ses embarras qu’à lui en susciter d’autres. De là la médiation empressée qui, aux conférences de Reichenbach, amena les préliminaires de paix entre l’empereur et le divan, et les facilités de tous genres que la Prusse accorda à Léopold, successeur de Joseph II, pour soumettre ses provinces rebelles, en ne stipulant à leur profit qu’une amnistie et le maintien de leurs constitutions.

L’influence désastreuse exercée par le parti diplomatique en 1790, a dû être souvent alléguée, après 1830, pour détourner la révolution belge des voies de prudence où elle a trouvé son salut, et hors desquelles elle se fut abîmée dans une restauration ou dans la conquête. L’objection était spécieuse, mais elle dénotait peu de bonne foi ou peu d’esprit politique. Les motifs qui imposèrent une prudente réserve aux cabinets, existaient, il est vrai, en 1830 comme en 1790 ; on put s’en convaincre dans les affaires de Pologne ; mais après la révolution de juillet, et en présence de l’attitude modérée prise par la France, cette réserve devait conduire à sanctionner un fait accompli, et non à le combattre. En 91, on croyait pouvoir étouffer la révolution ; de là le traité de Pilnitz, la campagne du duc de Brunswick contre la France, celle du maréchal de Bender contre les Belges. En 1830, on ne songeait plus qu’à la circonscrire et à la régler ; de là la prompte reconnaissance de la branche cadette, la conférence de Londres, et la campagne du maréchal Gérard contre les Hollandais.

Mais si la situation de l’Europe était radicalement changée, celle de la Belgique n’avait pas cessé d’être la même. Après la domination néerlandaise comme après la domination autrichienne, ce pays, mort à la vie politique, sans administration, sans armée, sans crédit, et sans autorité morale en Europe, livré aux inspirations extravagantes d’une presse révolutionnaire