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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/418

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De 1780 à 1790, règne de Joseph Il ; évacuation des forteresses de la Barrière ; contestation avec la Hollande au sujet de l’Escaut ;

De 1792 à 1795, guerre contre la république française ;

De 1813 à 1815, guerre contre l’empire français.

En contemplant tant de douleurs stériles, le publiciste qui trace un pareil tableau a donc raison de s’écrier :

« Ouvrons notre histoire : à chaque page, il y a des larmes et du sang ; et ces larmes et ce sang n’ont pas coulé pour nous. La Belgique est une vieille terre de labeur et de souffrance. L’on combattait pour nous, et l’on nous rançonnait ; l’on combattait loin de nous, et c’était encore à nos dépens. Se présentait-il, par hasard, un intérêt qui fût le nôtre, on transigeait [1]. »

La maison d’Autriche, à laquelle l’Espagne céda par le traité d’Utrecht la souveraineté des Pays-Bas, ne considéra guère ce pays que sous deux rapports : d’abord, elle y vit une bonne grosse ferme digne d’être bien cultivée, à raison de la qualité supérieure de son terroir ; il lui fut surtout précieux, parce qu’il lui offrait le moyen de se ménager l’alliance de la Hollande en épuisant les concessions. C’est ainsi que le traité de la Barrière, passé entre l’empereur et les Provinces-Unies, donna au gouvernement hollandais le droit de tenir garnison dans les villes de Namur, Tournay, Menin, Furnes et Ypres. Dans d’autres places, la garnison était mi-partie impériale et néerlandaise sous un gouverneur nommé par l’Autriche. De ce jour, commence la longue suprématie de la Hollande sur la Belgique, qui devait finir par passer à la maison d’Orange à titre d’accroissement de territoire.

Pendant que les stipulations de la Barrière annulaient l’indépendance politique du pays, des engagemens financiers étaient pris par l’empereur au mépris de tous les droits qu’il avait juré de respecter, lors de son inauguration dans les diverses provinces des Pays-Bas. C’est ainsi qu’il s’engageait à payer à la république des Provinces-Unies un subside annuel, sans tenir compte du consentement préalable des états, rigoureusement exigé [2].

Déjà la Hollande avait fait poser à son profit le principe de la fermeture de l’Escaut ; et Anvers, la ville opulente des Osterlingues, était morte

  1. Essai historique et politique sur la révolution belge, par M. Nothomb.
  2. L’irritation causée dans tous les Pays-Bas par les stipulations de la Barrière, et surtout par les clauses conçues en termes menaçans pour les libertés publiques, contraignit la cour impériale à envoyer à La Haye le marquis de Prié, ministre plénipotentiaire, qui négocia la modification de plusieurs articles du traité d’Anvers.
    (Mémoires de Neni sur les Pays-Bas autrichiens.)