Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/380

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ligne, et vous parlent à tout propos du génie de M. Auber, s’irritent contre cette partition inoffensive et refusent de la reconnaître comme la sœur de tant d’autres. Mais nous, qui avons toujours envisagé froidement cette grande question, nous trouvons que M. Auber est resté, dans cette œuvre, ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire un musicien d’esprit et de bon goût, dont la pensée est toujours vive et sautillante, rarement originale, jamais profonde, et qui distrait par la netteté de sa composition et la coquetterie de sa phrase. Toute cette musique abonde en motifs légers et gracieux. Le trio d’introduction est entraînant de verve et d’esprit c’est là, sans contredit, le plus charmant morceau que M. Auber ait écrit dans le style bouffe, le plus difficile de tous les styles en musique, il n’y a rien dans la Muette ou Gustave qui vaille mieux que l’air que chante le prince au troisième acte. La phrase en est simple et touchante, le sentiment vrai, Chollet le dit à merveille ; cependant cette phrase produit plus d’effet dans l’ouverture, soit qu’un mouvement plus rapide lui convienne mieux, soit que le ton pathétique et vibrant des violoncelles qui l’attaquent avec force en rende plus heureusement l’expression. Quoi qu’il en soit, les Chaperons blancs étaient dignes d’un meilleur sort.

J’ignore quel avenir attend Sarah la folle de Glencoë, mais il faut avouer que c’est là une bien triste musique. Le jour de la première représentation, à voir l’empressement du public, je demandai si M. Grisar était par hasard un des élèves de l’école de Rome, et s’il avait écrit quelque symphonie ou quelque grande composition qui justifiât l’empressement qu’en France on apporte si rarement autour de la première œuvre d’un homme. — Oh ! oh ! dit un de mes voisins, qui, devant que le rideau fût levé, nageait déjà dans son exaltation, et son enthousiasme, on voit bien, monsieur, que vous ne vous occupez guère de musique. Grisar a fait mieux qu’une symphonie, il a écrit la Folle, une romance que Nourrit chante à merveille.

— Eh ! c’est sans doute cette romance qu’il vient de mettre en opéra-comique ?

— Comment ne sentez-vous pas que ceci est une attention délicate de Melesville ? (Mon voisin disait Grisar et Melesville, comme il aurait dit Beethoven et Goethe. cec qui cessa de m’étonner lorsque je vis à quel point il était initié dans les secrets des deux auteurs.) Le poète, voyant que le compositeur excellait à rendre la folie en musique, s’est empressé de lui fournir un sujet qui pût favoriser son inspiration. Comme la première romance de Grisar s’appelle la Folle, son premier opéra-comique devait nécessairement porter le même nom. Si Grisar eût débuté par une romance intitulée le Klephte, par exemple, alors il eût été convenable de donner au poème qu’on lui destinait une couleur orientale ; mais de ce que