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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/376

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rentrer aux affaires, ou du moins de s’y maintenir, surtout en composant son cabinet des hommes nécessaires et seuls propres à réparer les désordres de ce temps. Est-ce bien de l’aveu de M. Molé que l’auteur de ce livre loue de cette façon le premier ministre des affaires étrangères de 1830 et le créateur du système de non-intervention ? Nous avons quelques raisons d’en douter, et de croire que M. Molé se trouve très gêné de cette amitié aussi imprudente qu’incommode.

Pour M. Guizot, il est vrai que ses actes et ses discours donnent beaucoup de prise aux éloges de M. Capefigue. La vie de M. Guizot est trop activement publique, pour que ce lui soit un embarras de répudier hautement ces éloges, s’il ne croit pas les mériter. S’il se tait, c’est sans doute que cette alliance que lui propose M. Capefigue, ne lui semble pas aussi monstrueuse qu’à nous, et que l’ordre social qu’il espère fonder, a besoin des doctrines de la vieille monarchie, qui ont aujourd’hui tant de faveur - dans les livres de M. Capefigue.




Le progrès est dans la vapeur et les chemins de fer ; voilà les liens nouveaux de la sainte-alliance des peuples. Le domaine du monde se resserre chaque jour ; les nations se rapprochent. Les rivières sont aujourd’hui de véritables grands chemins qui courent ; les mers ne seront bientôt plus que des ruisseaux. A Marseille, deux riches et honorables industriels, MM. Luce et Benet, résolvent en ce moment un merveilleux problème ; ils mettent Constantinople au bout d’une promenade d’été. En moins de temps qu’il n’en faut à l’Anglais ou au Parisien opulent pour visiter son château, faire une partie de chasse, et donner un bal de campagne, on vole avec les ailes de la vapeur, de Marseille à Gênes, de Gênes en Toscane, puis à Rome, à Naples, à Palerme, à Malte, au Pyrée, à Corinthe, à Constantinople, à Smyrne, à l’île de Ténédos, aux champs où fut Troie, à Tunis, à Carthage, à Alger. En trois mois, ce tour du monde classique est achevé. Avec un pareil mode de navigation, le voyageur n’a plus à redouter ces contre-temps imprévus qui donnent des démentis aux meilleurs plans de courses maritimes. La vapeur neutralise tous les caprices des vents et des flots. Cette fois, d’ailleurs, le paquebot nouvellement construit est une belle et bonne frégate, aux reins solides ; elle tient vigoureusement la mer, et la dompte ; elle part et arrive au jour prescrit : avec ces avantages, dont elle tirerait profit au besoin, dans la mauvaise saison, elle se met en course, au mois de mai,