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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/369

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le même point de vue que le cabinet anglais. La navigation de la mer Noire, et l’évacuation de Silistrie, intéressaient également les deux puissances alliées ; mais derrière ces deux difficultés, se présentaient vingt autres points qui touchaient au cœur même des intérêts de l’Angleterre, comme le monopole égyptien, approuvé par la Porte, sous l’influence de la Russie, les envahissemens de la Russie en Perse, etc., etc. Traitées avec la vivacité hautaine qui caractérise lord Palmerston, aigries par la polémique du parlement, ces questions devenaient de jour en jour plus difficiles à résoudre, et menaçaient l’Europe d’une guerre prochaine. Les hommes bien informés à Paris et à Londres s’attendaient chaque jour à une explosion, et ils n’eussent pas été étonnés d’apprendre un matin que les flottes combinées de France et d’Angleterre avaient eu dans la Méditerranée une rencontre avec les forces navales de la Russie, à peu près comme il arriva aux flottes de la Turquie quand un accident imprévu força les amiraux anglais, russes et français, de les détruire à Navarin. Cette prévision était d’autant plus fondée, que la mission de lord Durham à Constantinople n’avait résolu aucun point important, et que M. de Broglie n’était pas un médiateur très engageant ni très facile.

Les choses en étaient là quand M. de Talleyrand revint à Paris. Il y eut de nombreuses conférences en dehors du dernier ministère ; et quand il tomba, les premières négociations qui s’ouvrirent aux affaires étrangères eurent, dit-on, pour base, une offre faite à la France par l’Autriche et la Prusse, qui proposaient de se joindre au gouvernement français, afin d’empêcher toute collision entre l’Angleterre et la Russie en Orient. Voilà, si nous sommes bien informés, ce qui explique l’empressement de la diplomatie étrangère à saluer l’avènement de M. Thiers, lasse et rebutée qu’elle était de traiter avec M. de Broglie. Espérait-on d’autres concessions du caractère liant et commode de M. Thiers, c’est ce que nous ne saurions dire ; mais la véritable concession qui a été faite, ç’a été de s’entendre avec M. de Metternich et avec M. Ancillon pour le maintien de la paix ; ç’a été d’exprimer fortement à la Russie le désir de voir s’établir entre elle et l’Angleterre de meilleures relations, au moyen d’abandons réciproques, et d’appuyer ce vœu par la détermination de créer en Europe une grande neutralité armée, formée par la France, la Prusse et l’Autriche, qui avait déjà essayé de jouer ce rôle vis-à-vis de la France après la campagne de Russie. C’est ainsi que nous expliquons quelques faits diplomatiques récens, tels que l’évacuation de Silistrie et la réduction du dernier terme d’indemnité de guerre dû par la Turquie, concessions faites par le gouvernement russe aux trois puissances médiatrices ; C’est ainsi que nous expliquons aussi, le paiement du troisième terme de l’emprunt de la Grèce, refusé par M. de Broglie et accordé