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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/362

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Où Rubens produit Jésus crucifié,
Tu ne peux, ô lecteur, comprendre qu’à’ moitié
La désolation d’une telle nature.
Le ciel était couvert d’un livide linceul,
Çà et là déchiré par des lignes sanglantes,
Et sur le pic aride, à l’endroit où les plantes
Venaient de se flétrir, le Christ se tenait seul,
Triste, et laissant tomber sur sa blanche poitrine
Son beau front résigné tout couronne d’épine,
Et pâle désormais, tout étant consommé,
Paraissait dire encore aux femmes du Calvaire,
— Vous pleurez ? n’ai-je pas, hélas ! sur cette terre
Assez vécu, mes sœurs, ayant assez aimé ? —
Sous l’humide brouillard pourtant en cavalcade,
Trois jeunes gens venus du lac Tibériade,
S’avançaient, et s’étant enfin humiliés,
Adorèrent le Christ et baisèrent ses pieds.
Alors d’une voix douce : — Hélas ! dit une femme,
C’est l’heure maintenant, il faut l’ensevelir. —
Dès que cette parole arriva dans son âme,
La Mère, de nouveau, se sentit défaillir ;
Ce mot renouvelait ses plus tristes pensées,
Et faisait ruisseler les eaux de sa douleur,
Qui s’étaient, dans son sein, déjà cristallisées ;
Et pâle, confondue, et noyée en son pleur,
A genoux, et cherchant à recevoir le reste
De son fils adoré, cette mère céleste
Ouvrait avec ses mains le tombeau de son cœur.
Deux des blonds jeunes gens venus en cavalcade
Montèrent aussitôt sur l’arbre de la croix ;
Et comme avec grand soin on retourne un malade,
De crainte de meurtrir son corps avec les doigts,
De même avec respect des flancs du saint apôtre
Ils ôtèrent tous deux les cous de fer, et l’autre,
Qui seul était resté dans le saint groupe en bas,
Reçut le Rédempteur divin entre ses bras.
Alors on étendit dans les plis du suaire
Le corps immaculé du pâle bienheureux,