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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/360

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Et voyant, à travers tant d’élémens jaloux,
La neige demeurer toujours limpide et blanche,
Du haut des firmamens, le Soleil, son époux,
Se dit : C’est Dieu qui veut que l’onde ainsi s’épanche.
Et tandis qu’elle suit son beau cours naturel,
Dans ses flots bien-aimés jette son arc-en-ciel.

Cependant on chantait la triste litanie,
Et sur cet Océan de céleste harmonie
Mon ame abandonnée errait, et sans travail
Flottait incessamment de la nef au portail,
Et comme l’encensoir dans les mains du lévite
S’élève dans les airs, puis tombe et redescend ;
Elle aimait à plonger au fond de l’eau bénite
Des réservoirs de marbre, et remonter ensuite
Jusque sous les vitraux où la lune en passant,
Morne et silencieuse, éclairait sur le verre
De ses pâles rayons les scènes du Calvaire,
Et faisait resplendir chaque goutte de sang.
J’avais beau les vouloir rassembler en faisceaux,
Dès que le chant divin soufflait sous les arceaux,
Je les voyais s’enfuir toutes à cent coudées,
Et danser par essaim à l’entour des vitraux,
Et se disséminer sous les voûtes, pareilles
A ces graines de seigle, et d’orge et de blé mûr,
Que le vanneur cupide, appuyé sur un mur,
Secoue avec grand soin dans ses plates corbeilles,
Et que les coups de vent emportent au hasard
Pour que l’oiseau du ciel en ait aussi sa part.
Or, mon ame suivant le roulis monotone,
Et la voyant ainsi sans voile ni patronne
Errer sur l’Océan immense, harmonieux,
Et plonger dans l’abîme et remonter aux cieux,
Je sentais au milieu des saintes mélodies
Et de la piété qui venait m’inonder,
Que mon ame bientôt s’en irait aborder