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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/358

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Comme de gais oiseaux cachés sous les blés verts,
Dormaient abandonnés dans leurs poudreux volumes.
La foi régnait partout ; les hommes recueillis,
Ayant mis de côté toute science humaine,
S’apprêtaient à cueillir d’une main pure et saine
La fleur d’Eucharistie, auguste et chaste lys,
Qui, dans son frais jardin, au pied du crucifix,
S’élève aux derniers jours de la sainte Semaine.
Et tous laissaient l’étude et les mystères vains,
Que, dans un sol aride et qu’on creuse des mains,
On cherche chaque jour, sans profit et sans gloire,
Pour ceux qu’il ne faut pas approfondir, mais croire.

Cependant je suivais avec dévotion
Les célestes versets, écoutant chaque plainte
Du peuple catholique, assemblé dans l’enceinte,
Comme une voix du Christ durant la passion.
Et quand cette douleur auguste et solennelle,
Qui partout éclatait en ce divin moment,
Ne m’aurait point frappé, mon ame avait en elle
Assez d’affliction pour donner aliment
A dix ans de prière et de recueillement.
Et, comme dans les chairs une épine enfoncée,
Je tournais en mon sein mon amère pensée ;
Et tandis qu’on chantait les publiques douleurs,
Je creusais à loisir la source de mes pleurs.
Et de mes propres mains j’élargissais ma plaie,
Afin d’avoir, hélas ! une image plus vraie
Des supplices du Christ, et de mieux compâtir
Aux lamentations du céleste martyr.
Et combien sous vos nefs, ô saintes cathédrales !
Confondaient, entraînés comme moi, par leurs cœurs,
Leur propre affliction aux plaintes générales.
Dites-moi, dites-moi, catholiques ardens,
Parmi les longs soupirs et les pleurs abondans
Qui s’échappent ainsi de vos larges poitrines,
Ou tombent de vos yeux par ondes crystallines ;