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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/334

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tempes : elle restait là droite, svelte et sérieuse, même un peu maussade, et regardant le quatrième personnage de la société qui faisait parade de son esprit.

Cette quatrième personne était un chien savant, caniche plein d’avenir, qui venait, à la très grande joie du public anglais, d’assembler, avec les caractères de bois qu’on lui avait présentés, le nom de lord Wellington, en y ajoutant de la même façon la flatteuse épithète de héros. Comme le chien, à en juger par son air spirituel, ne pouvait être une bête anglaise, mais qu’il était venu de France ainsi que les trois autres personnes, les fils d’Albion se réjouissaient fort de voir les mérites de leur grand capitaine reconnus au moins par les chiens français, reconnaissance à laquelle les autres créatures de France refusaient outrageusement de se prêter.

En effet, cette troupe se composait de Français, et le nain qui s’annonça ensuite sous le nom de M. Turlututu, commença à déclamer en langue française et avec des gestes si véhémens, que les pauvres Anglais ouvrirent leurs bouches et relevèrent leurs nez encore plus qu’à l’ordinaire. Quelquefois, après une longue période, il imitait le chant du coq, et ces kokerikos, ainsi que les noms de beaucoup d’empereurs, de rois et de princes qu’il mêlait à son discours, furent tout ce que comprirent les pauvres spectateurs. Ces empereurs, rois et princes, étaient, selon lui, ses protecteurs et amis. Il assurait avoir eu, dès l’âge de huit ans, un long entretien avec sa majesté défunte Louis XVI, qui, plus tard, lui demanda toujours conseil dans les occasions importantes. Comme tant d’autres, il s’était soustrait par la fuite à la tourmente révolutionnaire, et n’était revenu dans sa chère patrie qu’à l’époque de l’empire, pour prendre part à la gloire de la grande ration. Napoléon, disait-il, ne l’avait jamais aimé ; en revanche, il avait été presque adoré par sa sainteté le pape Pie VII. L’empereur Alexandre lui donnait des bonbons, et la princesse Guillaume de Kiritz le prenait toujours sur ses genoux. Son altesse le duc Charles de Brunswick le faisait quelquefois chevaucher sur ses chiens, et sa majesté le loi Louis de Bavière lui avait lu ses augustes poésies. Les princes de Reuss, Schleitz, Kreutz, ainsi que ceux de Schwarzenbourg-Sondershausen l’aimaient comme un frère et avaient toujours fumé dans la même pipe que lui. À l’entendre, il n’aurait vécu dès son enfance qu’avec des souverains ; les monarques actuels s’étaient élevés et avaient