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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/275

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comme il l’avait été de son frère Merowig, se rencontrèrent tout d’un coup dans une parfaite conformité de sentimens politiques. Ils devinrent bientôt amis intimes, se confièrent tous leurs secrets, et mirent en commun leurs projets et leurs espérances. Durant les derniers mois de l’année 579 et les premiers de l’année suivante, ces deux hommes également rompus aux intrigues eurent ensemble de fréquentes conférences auxquelles fut admis en tiers un sous-diacre, nommé Rikulf ainsi que le prêtre, le même qu’on a vu figurer comme émissaire du plus habile intrigant de l’époque, l’Austrasien Gonthramn-Bose [1].

Le premier point convenu entre les trois associés fut de mettre en œuvre, en les faisant parvenir jusqu’aux oreilles du roi Hilperik, les bruits généralement répandus sur l’infidélité conjugale et les désordres de Fredegonde. Ils pensèrent que plus l’amour du roi était confiant et aveugle en présence d’indices clairs pour tout le monde, plus sa colère, au moment où il serait désabusé, devait être terrible. Fredegonde expulsée du royaume, ses enfans pris en haine par le roi, bannis avec elle et déshérités, Chlodowig succédant à la royauté de son père sans contestation et sans partage, tels étaient les résultats certains, selon eux, qu’ils se promettaient de leur information officieuse. Par un tour d’adresse assez subtil, pour se décharger de la responsabilité d’une dénonciation formelle contre la reine, et compromettre en même temps leur second ennemi, l’évêque de Tours, ils résolurent de l’accuser d’avoir tenu devant témoins les propos scandaleux qui alors couraient de bouche en bouche, et qu’eux-mêmes n’osaient répéter pour leur propre compte [2]. Dans cette intrigue il y avait double chance pour la déposition de l’évêque, soit immédiatement, par un coup de fureur du roi Hilperik, soit un peu plus tard, lorsque Chlodowig prendrait possession de la royauté ; et le prêtre Rikulf se portait d’avance comme son remplaçant sur le siège épiscopal. Leudaste, qui garantissait à son nouvel ami l’infaillibilité de cette promotion, marquait sa place auprès du roi Chlodowig, comme la seconde personne du royaume dont il aurait, avec le titre de duc, la suprême

  1. Voyez la troisième de ces Lettres.
  2. Ad hoc erupit ut diceret me crimen in Fredegundem reginam dixsisse. (Greg, Turon. Hist. lib. V, pag. 262.)