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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/253

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M. de Pahlen et par la princesse de Lieven ? C’est encore une de ces énigmes qui se rattachent au nouveau ministère, et que nous ne tarderons pas à deviner.

On dit encore, et le mystère dont s’enveloppe la politique du cabinet permet de tout dire, on dit que M. Thiers s’est donné ou a reçu, en formant ce ministère, une mission un peu analogue à celle qu’il remplit, en entrant pour la première fois au ministère de l’intérieur. On sait que la pensée politique qu’il apporta dans le cabinet, consistait à s’emparer de Mme la duchesse de Berry, alors dans la Vendée. Il y aurait aujourd’hui un autre service à rendre à la maison royale, et, si l’on veut, au pays ; et M. Thiers fonderait l’avenir de ce ministère sur la réussite de ce projet. Cette fois, il ne s’agirait pas de se débarrasser d’une princesse dont la présence troublerait le repos de la France ; mais, au contraire, d’assurer ce repos en y amenant une princesse étrangère. Quelle serait cette princesse ? La direction de la politique du ministre des affaires étrangères ouvre un vaste champ aux conjectures, qui changent selon qu’on le voit occupé de gagner la faveur de l’Autriche ou de mériter la bienveillance de la Russie. Toujours est-il que cette pensée occupe vivement le ministre, et qu’elle le préoccupe au point de lui faire négliger les mesures les plus importantes et les plus nécessaires au maintien du cabinet.

Un président du conseil moins préoccupé s’attacherait d’abord à effacer les dissidences qui éclatent de temps en temps dans le ministère. M. Passy est celui des collègues de M. Thiers, qui semble destiné à lui causer le plus d’embarras. M. Passy est un ministre plein de vues honnêtes, bien que fausses quelquefois, qui cherche à marquer son passage au pouvoir par quelque grand acte d’administration, tel que l’abandon d’Alger, ou l’émancipation des nègres, qui s’occupe vivement à cette heure. En un mot, M. Passy veut remuer des idées, et on ne s’étonnera pas qu’il s’accorde rarement avec M. Thiers, qui semble fonder son influence sur l’immobilité et le silence. Ce premier embarras de M. Thiers se fait d’autant plus sentir qu’il l’assiège de plus près, et qu’il se présente à toute heure, dans le conseil, dans la chambre et dans le cabinet. Aussi a-t-il été question, tout bas encore, il est vrai, d’une combinaison nouvelle où M. Pelet de la Lozère prendrait, au ministère du commerce, la place de M. Passy, et serait remplacé au ministère de l’instruction publique par M. Cousin. M. Sauzet verrait se dédoubler son ministère, et resterait ministre des cultes, tandis que M. Persil, à qui se rattachent quelques idées d’intimidation et de conservation, reprendrait le département de la justice et les sceaux. M. Cousin, l’ami dévoué, l’admirateur, le mameluck de M. Thiers, serait sans doute moins embarrassant que M. Passy ; mais quelle force apporterait-il au ministère, lui qui exerce si peu d’influence à la chambre des pairs, et qui n’en exercera jamais aucune à la chambre des députés ?

On ne parle pas de M. d’Argout ; cependant M. d’Argout n’est pas un des moindres embarras de M. Thiers. Le projet de loi sur les sucres indigènes, présenté par M. d’ Argout, a soulevé à la fois la chambre et tout