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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/247

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le pouvoir élu est moralement supérieur au pouvoir qui élit, concilient les droits individuels avec le droit national, la représentation continue des besoins nouveaux avec le ménagement des intérêts établis et les soins de l’avenir ; elles réunissent la force du nombre à l’ascendant d’une aristocratie naturelle et mobile, la seule légitime, puisque le choix des intéressés la rend incontestable et incorruptible. La souveraineté numérique des masses ou la souveraineté arbitraire des pouvoirs qui se posent en vertu d’une mystérieuse nécessité, sont également incapables d’assurer aux peuples de si grands bienfaits.

Si la législature de chaque état et la chambre des représentants étaient composées, comme le sénat, des hommes les plus distingués de l’Amérique, l’émancipation des noirs ne serait-elle pas beaucoup moins difficile ?

Ce n’est là qu’une conjecture ; mais elle est plus vraisemblable que l’hypothèse de ceux qui insinuent que l’abandon des principes démocratiques aux États-Unis est nécessaire pour y abolir l’esclavage. Si l’extrême égalité des conditions dans ce pays pouvait se combiner avec les idées despotiques qui gouvernent encore les parties les moins avancées de l’Europe, n’en résulterait-il pas au contraire une tyrannie d’autant plus écrasante qu’elle agirait sur des individus plus faibles ? Il nous semble que lorsqu’on veut prévoir l’avenir d’un peuple, il est plus sage d’interpréter ses besoins que de trop s’émouvoir de ses périls.

Mais quelle que soit la forme du gouvernement, l’émancipation de plusieurs millions de noirs, réunis en une seule population, sur le même continent, est une réforme sans exemple, qui exige bien des études que nous ne prétendons pas aborder ici. Cette réforme, très heureusement commencée dans les Antilles, sera bientôt une nécessité pour l’Amérique, et d’abord pour les colonies françaises, plus rapprochées des divers foyers d’affranchissement. Avant d’en étudier les moyens qui varient dans chaque localité, nous devions en montrer l’urgence et faire connaître à nos lecteurs les belles recherches de M. de Beaumont. Comme lui, nous avons été dirigés par un profond sentiment, celui des droits inhérents à la qualité d’hommes. Le mot de droit est un peu oublié, nous le savons. Il reprend sa valeur ou devient une pauvreté, selon les alternatives d’orgueil ou d’abattement réservées à ceux qui en font usage.

Notre démocratie est-elle accablée par ses ennemis ou effrayée d’elle-même ? elle se réfugie dans les complaisants commentaires de l’histoire, afin de pallier à la fois ses prétentions et ses défaites. Nous lui figurons alors de faux représentants qui la désavouent ou qui la déshonorent ; nous attribuons à la puissance des mœurs et aux dispositions mobiles de l’opinion publique une vertu que nous refusons à des lois insuffisantes et vaincues.

Le droit est partout et n’est nulle part. Ses véritables caractères, le principe