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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/235

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laisserait-elle se former un lien qu’il serait au pouvoir du maître de briser par un caprice de sa volonté ? Les enfants de l’esclave appartiennent au maître comme le croit des animaux. L’esclave ne peut donc être investi d’aucune puissance paternelle sur ses enfants. Il ne peut rien posséder à titre de propriétaire, puisqu’il est la chose d’autrui ; il doit donc être incapable de vendre et d’acheter, et tous les contrats par lesquels s’acquiert et se conserve la propriété, lui sont également interdits. La loi américaine se borne, en général, à prononcer la nullité des contrats dans lesquels un esclave est partie ; cependant, il est des cas où elle donne à ses prohibitions l’appui d’une pénalité. C’est ainsi qu’en déclarant nuls la vente ou l’achat faits par un esclave, la loi de la Caroline du Sud prononce la confiscation des objets qui ont fait la matière du contrat. Le code de la Louisiane contient une disposition analogue. La loi du Tennessee condamne à la peine du fouet l’esclave coupable de ce fait, et à l’amende l’homme libre qui a contracté avec lui.

Après avoir enlevé au nègre ses droits d’Américain, de citoyen, de père et d’époux, il faut encore lui arracher les droits qu’il tient de la nature même, et c’est ici que commencent les difficultés sérieuses. Comment obtenir qu’il ne soit plus homme ?

Le premier soin du législateur, en déclarant le nègre esclave, est de le classer parmi les choses matérielles : l’esclave est une propriété mobilière selon les lois de la Caroline du Sud, immobilière dans la Louisiane. Cependant on a beau déclarer qu’un homme est un meuble, une denrée, une marchandise, c’est un être pensant et intelligent. Aussi, toutes les lois sur l’esclavage interdisent l’instruction aux esclaves ; non seulement les écoles publiques leur sont fermées, mais il est défendu à leurs maîtres de leur procurer les connaissances les plus élémentaires. Une loi de la Caroline du Sud prononce une amende de 100 livres sterling contre le maître qui apprend à lire à ses esclaves ; la peine n’est pas plus forte quand il les tue. En défendant aux esclaves d’apprendre à lire, on les empêche, autant qu’on le peut, de connaître la doctrine de l’Évangile et de pratiquer une religion. En Georgie, tout juge de paix a le droit de dissiper une assemblée religieuse d’esclaves. Dans la Caroline du Sud, les esclaves ne peuvent pas se rassembler pour des prières, avant ou après le lever du soleil, à moins que la majorité de l’assemblée ne soit composée de blancs, et cela sous peine de vingt coups de fouet.

À l’occasion de ces interdictions anti-chrétiennes, M. de Beaumont explique pourquoi les églises catholiques sont, aux États-Unis, les seules qui n’admettent ni privilèges pour les blancs, ni exclusions des noirs. C’est que le ministre d’une communion protestante devant son office à l’élection, ménage les préjugés de ses paroissiens, ou plutôt de ses commettants, tandis que le prêtre catholique est maître absolu dans son église, et