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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/225

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dèmes de chrysocale et autres oripaux divins qu’on trouve ordinairement dans le cabinet d’étude d’une prima donna. L’exiérieur de Paganini s’était ejjalement métamorphosé, et de la façon la plus flatteuse. Il portait une culotie courte de satin lilas, une veste blanche brodée, un habit de velours bleu clair à boutons d’argent filigrane, et ses cheveux, soigneusement frisés en petites boucles, se jouaient autour de sa figure qui brillait de jeunesse, de fraîcheur et d’une douce tendnsse, quand il lorgnait la jolie signorina qui se tenait à côté de bon pupitre.

Dans le fait, j’aperçus près de lui une jeune et jolie créature habillée à l’ancienne mode, aux paniers de satin, à la taille fine et séduisante, aux cheveux poudrés et crêpés en montagne, sous lesquels brillait d’un air plus dégagé un joli visage rond avec des yeux étincelans, de jolies petites joues fardées, de petites mouches et un petit nez impertinent. Elle tenait à la main un rouleau de papier blanc, et d’après le mouvement de ses lèvres et le balancement coquet de son lorsage, je pus conjecturer qu’elle chantait ; mais je n’entendais aucun de ses trilles, et ne pus deviner que par le jeu de Paganini, qui l’accompagnait sur le violon, ce qu’elle chantait, et ce que lui-même éprouvait au fond du cœur en l’entendant chanter. Oh ! c’étaient des mélodies telles que le rossignol en module dans les ombres du soir, quand le parfum de la rose enivre son cœur de désirs printaniers. C’était une béatitude de langueur et de tressaillemens voluptueux ! C’étaient des sons amoureux qui se caressaient, se fuyaient avec une bouderie agaçante, puis se rejoignaient et s’enlaçaient, enfin mouraient dans un enivrant unisson. Oui, tous ces sons se livraient à des jeux charmans, comme des papillons qui se poursuivent, s’évitent, se cachent derrière une fleur, se retrouvent et s’enchaînant dans un bonheur aérien, se perdent dans la lumière du soleil. Mais une araignée, une hideuse araignée peut soudain préparer un sort tragique à ces papillons amoureux. Le jeune cœur avait-il de semblables pressentimens ? une mélodie plaintive et touchante, comme le pressentiment d’une infortune prochaine, glissa doucement parmi les chants qui jaillissaient du violon de Paganini… Ses yeux deviennent humides… Il s’agenouille avec dévotion devant son amata Mais, hélas ! pendant qu’il se courbe pour baiser ses pieds, il aperçoit sous le lit un petit abbaye ! Je ne sais ce qu’il pouvait avoir contre ce pauvre homme, mais le Génois devint pâle