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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/195

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ont pourvu aux besoins de l’Amérique nord et aux échanges avec les États-Unis, excède encore, à son état normal, de 12 pour 100 la consommation du royaume-uni. Cet excédant doit être employé en revente, aussi bien que la totalité des importations de l’étranger. Cette revente est singulièrement facilitée par la prime accordée aux sucres raffinés, prime qui excède la proportion du droit payé ; et elle offre peu d’inconvéniens, parce qu’aucun produit du sol ne vient y participer.

Une autre cause plus puissante, et dont tous les effets ne peuvent encore être appréciés, est venue agir sur le prix des sucres importés en Angleterre ; c’est la diminution de production que fait prévoir le régime nouveau des travailleurs noirs. Un déficit de récolte résultant de la sécheresse de l’année est survenu en 1833, et a contribué à l’élévation des cours. Cette circonstance atmosphérique a agi également dans les Antilles françaises ; mais l’effet sur les prix a été annulé par la concurrence du sucre de betterave, dont nous aurons tout à l’heure à parler.

Depuis quelques années les planteurs anglais, et principalement ceux des Indes occidentales, n’ont cessé de témoigner à leur gouvernement le dommage immense qui résultait pour eux de la continuation du système établi par l’acte de navigation et par les bills qui l’ont consolidé. Des enquêtes ont eu lieu, et par suite divers rapports ont été faits au parlement : tous, notamment celui du 13 avril, 1832, démontrent les inconvéniens du monopole métropolitain. Les intérêts des planteurs ont été sacrifiés de mille manières, pour assurer aux négocians et aux armateurs des avantages qui se sont trouvés, pour ces derniers, illusoires dans la pratique, et qui ont entravé le commerce réel sans faire la fortune de personne.

Lord Ripon, alors M. Robinson, avait, dès 1822, fait reconnaître par les deux chambres l’existence du principe qui devait renverser le système colonial en même temps que tout l’échafaudage du système prohibitif. Les mesures provoquées par M. Huskisson en 1825, en détruisant une partie des anciennes erreurs, ont, malheureusement pour la Grande-Bretagne, laissé subsister l’acte de navigation et les restrictions imposées au commerce des colonies de l’Occident. Tandis que les possessions anglaises dans l’Inde étaient ouvertes à toutes les nations, et recueillaient les fruits de cette liberté, les planteurs des Indes occidentales et de l’Amérique du sud étaient obligés de plier sous toutes les exigences de la mère-patrie, et voyaient leur production renchérie, sans que le marché où on les forçait de la conduire fût susceptible d’amélioration. Ainsi ils subissent la défense de terrer leurs sucres, et encore plus de les raffiner, afin que des mélasses inutiles à la métropole fournissent une charge aux navires qu’elle leur envoie. Ils ne peuvent, quelque prix qu’on leur en