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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/187

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aux propriétaires de navires construits dans les colonies, de faire le commerce étranger ; et le 4 novembre 1671, il fut ajouté à ces défenses celle de transporter des marchandises des pays étrangers dans les îles ; enfin, le 21 janvier 1684, on porta la défense d’y établir de nouvelles raffineries.

Les guerres de la fin du XVIIe siècle amenèrent, par nécessité, quelques infractions à ces prohibitions : aussi furent-elles renouvelées et confirmées par un règlement du 20 août 1698, qui prend en considération que les marchandises étrangères qui ont été introduites dans les colonies ont empêché le débit de celles qu’on y a envoyées de France depuis la paix.

De nouvelles déclarations, édits ou réglemens des 20 avril 1717, 23 juillet 1720, 14 mars 1722, 23 juin 1723, et enfin du 10 octobre 1727, pourvurent à la continuation d’une sévère exclusion du commerce étranger. Ce n’est qu’en faveur de la Guiane, colonie dont la prospérité avait de la peine à se développer, que des lettres-patentes du 1er mai 1768 accordèrent pour douze années la liberté de commerce avec toutes, les nations, faculté qui fut prorogée le 15 mai 1784, et qui subsiste encore en partie.

Un arrêt du 30 août 1784, adoucissant la sévérité de quelques dispositions, est le dernier acte officiel qui ait précédé la révolution de 1789. Nous verrons plus loin comment il a été remis en vigueur.

Sous l’empire des lois qui garantissaient à chaque métropole le commerce exclusif de ses colonies, et quelquefois en dépit de ces lois, la production du sucre s’est développée avec la richesse des consommateurs. Après avoir satisfait les besoins, généralement grands, des producteurs eux-mêmes, il a fallu approvisionner l’Europe et le bassin de la Méditerranée, que le commerce européen alimente. Les colonies ont suivi la fortune de leur mère-patrie particulière, et elles ont tour à tour été appelées à prendre une part plus ou moins grande à l’approvisionnement général. Il nous manque des documens exacts sur l’état de ce commerce à diverses époques ; seulement de loin en loin on trouve quelques traces des variations principales. La production de Madère et de Saint-Thomé a remplacé et fait languir celle de la Sicile, de l’Égypte et de l’Arabie. Plus tard la culture de la Terre-Ferme et du Mexique a amené la réduction de celle de l’Andalousie. Le Brésil enfin, sous la domination portugaise, est devenu le centre principal de la production, et jusque vers le milieu du XVIIe siècle, il a été en possession d’approvisionner, par la voie de Lisbonne, presque tous les marchés de l’Europe. Il a continué à y prendre part pendant toute la période du développement des colonies rivales, et ce n’est que vers 1720 à 1730, que les autres nations ont pu se pourvoir ailleurs. Le Brésil, au milieu de ses diverses fortunes, est resté tin des points ; les plus importans de la production actuelle.