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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/175

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poursuite du mieux. Quand je pense aux éloges effrayans dont j’ai vu M. Boulanger entouré, et comme accablé dès ses premiers pas dans la carrière des arts, je me sens tenté de donner maintenant à son courage et à sa persévérance ces louanges qu’on prodiguait jadis à ses essais. Pour qu’un jeune homme résiste à une pareille épreuve, il faut que la voix de sa conscience parle bien haut et bien impérieusement. Je ne veux pourtant pas lui dire que son Pétrarque soit un chef-d’œuvre, vraisemblablement il ne me croirait pas ; mais c’est un ouvrage qui fait plaisir à voir, et qu’on regarde en souriant sans se demander ce qu’il y manque. Je pardonne de grand cœur à M. Boulanger ses chevaux à la Jules Romain, et la naïveté de ce sol jonché de fleurs, car j’aime à croire que plus il ira, moins il sera tenté d’imiter.

Quel beau sujet, du reste, et quelle journée ! Cet homme, vêtu d’une robe de pourpre, traîné sur un char triomphal, entouré de l’élite de la noblesse, des poètes, des savans, des guerriers, marchant au milieu d’une ville sur un tapis de roses effeuillées, suivi d’un chœur de jeunes filles et précédé par la Rêverie, applaudi, fêté, admiré de tous, et qu’avait-il donc fait pour tant de gloire ? Il avait aimé et chanté sa maîtresse. Ce n’était pas lui qu’on couronnait et qu’on menait au Capitole, c’étaient la douleur et l’amour. Les conquérans ont eu bien des trophées ; l’épée a triomphé cent fois, l’amour une seule. Pétrarque est le premier des poètes. Que se passa-t-il ce jour-là dans ce grand cœur ainsi récompensé ? Que regardait-il du haut de ce char ? Hélas ! sa Laura n’était plus ; il cachait peut-être une larme et il se répétait tout bas : Beati gli occhi che la vider viva !


V

Avant de descendre à la salle des sculptures, il ne faut pas oublier Mme Jaquotot ni les émaux de M. Kanz. C’est assurément un grand tort que de parler légèrement d’un tableau, et si j’ai eu ce tort dans cet article, je ne crois pas du moins avoir eu celui de parler trop légèrement d’un peintre. Mais quand il s’agit d’un travail aussi difficile, aussi pénible, que la peinture sur émail, il serait impardonnable de trancher au hasard. C’est le résultat de six ans d’études que M. Kanz apporte au salon, dans un cadre d’un pied de haut,