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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/173

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dont la Campagne de Rome a de grands admirateurs ; M. Paul Huet doit être mis à part ; ce serait plutôt en Angleterre qu’en France qu’on trouverait à qui le comparer. Je ne vois pas la nature aussi vague, mais il y aurait de l’injustice à ne pas reconnaître à ce jeune peintre une belle entente des grandes masses.

La mémoire, du moins, ne me manquera pas pour citer Mme de Mirbel. La patience unie au talent est une des premières vertus féminines, et c’était bien à elle qu’il appartenait de conserver en France l’art précieux de la miniature. Les deux portraits que Mme de Mirbel a envoyés cette année au salon, ont toujours cette grace et cette finesse qu’on est habitué à trouver dans les petits chefs-d’œuvre signés de son nom. Je remarque en même temps, dans la travée opposée, une miniature de M. Bell, d’un rare fini.

Le Réveil du Juste, de M. Signol, a le défaut d’être théâtral, et il n’y a pas de défaut plus dangereux, car il ne doit chercher que l’effet, et fausser les moyens. Que le décor et les trompe-l’œil demandent une main habile, j’en conviens, et je suis prêt à rendre justice aux toiles de fond de nos théâtres, quoique je sois fermement persuadé qu’avec cette splendeur d’entourage, il n’y a pas d’art dramatique possible. Mais composer un tableau de chevalet comme une scène de tragédie, c’est commettre une grande erreur. M. Signol a du talent, et je regrette d’être si sévère. Mais pourquoi séparer son tableau en deux, et lui donner un air de famille avec la dernière scène des Victimes Cloîtrées ? Son méchant qui sort de sa tombe est évidemment soutenu par une trappe, comme les nonnes de l’Opéra.

M. Granet est toujours lui, c’est-à-dire simple et admirable il est difficile de le louer d’une façon qui soit nouvelle. Le public préfère en général les Catacombes à la Sainte-Marie-des-Anges Je ne fais point de différence entre ces deux ouvrages, marqués tous deux du même cachet. Il y a une fierté singulière dans l’espèce d’inhabileté avec laquelle M. Granet peint les personnages de ses tableaux ; jamais on n’a mis tant de largeur dans les détails, ni tant de grandiose dans les petites choses. Je me souviens que, regardant un jour un petit tableau de bataille fait avec soin, je me demandais si, dans cette minutie scrupuleuse, il n’y avait pas beaucoup de convention. J’étais choqué de pouvoir compter jusqu’aux boutons des habits des soldats. Ne devrait-on pas, me disais-je,