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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/167

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journaux de langage, et il ne faut pas qu’il s’en étonne ni en même temps qu’il s’en inquiète. S’il regardait les critiques qu’on lui adresse comme injustes et mal raisonnées, il aurait tort, et s’engagerait peut-être dans une route qui n’est pas la vraie. Mais il se tromperait plus encore si, en reconnaissant la justice des critiques, il se laissait décourager. Le public ne blâme dans son ouvrage que de certaines parties, qu’en effet il me semble impossible d’approuver. Pour parler d’abord des défauts matériels, il y a, dans les sept figures de ses femmes, une monotonie qui fatigue ; elles se ressemblent toutes entre elles, plus ou moins, une exceptée, qui est charmante, et dont la beauté fait tort à ses sœurs ; c’est celle qui est assise et inclinée à la droite de la fille de Jephté. Toutes les autres (je suis fâché de faire une remarque qui a l’air d’une plaisanterie), toutes les autres ont la tête trop forte, et M. Lehmann connaît sans doute trop bien l’antique pour ne pas savoir que la grosseur de la tête est incompatible avec la grace des proportions ; en outre, les chairs ont une teinte mate qui leur donne l’air d être en ivoire, et qui les fait ressortir trop vivement sur les étoffes et sur le fond, comme dans certains tableaux de l’Albane. Si de ces premières observations on passe à l’examen moral de l’ouvrage, M. Lehmann me permettra de lui dire que dans la composition de sa scène il a oublié une maxime qui a été vraie de tous les temps : c’est qu’on n’arrive jamais à la simplicité par la réflexion. Il est certain qu’en cherchant ces lignes parallèles, en traçant cette sorte de triangle que dessine le groupe des femmes, et que, suivent les montagnes mêmes, l’artiste a voulu être simple. Il l’eût été en y pensant moins. Voilà, je crois, ce qu’une juste critique doit reprocher à M. Lehmann. Maintenant il faut ajouter que le personnage de la fille de Jephté est très beau, vraiment simple d’expression, et parfaitement bien posé. Si le peintre qui l’a conçu n’eût voulu exprimer que la douleur, il se fût contenté avec raison d’avoir créé cette noble figure, et il eût groupé les autres autour d’elle avec moins d’apprêt et de recherche. Les deux femmes qui pleurent debout et qui s’appuient l’une sur l’autre méritent aussi beaucoup d’éloges ; elles produiraient bien plus d’effet si l’artiste ne les avait pas fixées comme au sommet d’une pyramide, et si, les laissant au second plan, comme elles sont, il les eût placées à droite ou à gauche de leur sœur, et non pas au milieu de la toile. Que M. Lehmann pense au Poussin ; qu’il voie comment