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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/146

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mais cette décomposition est vigoureuse et non pas corrompue, mais elle est un degré nécessaire à de nouvelles combinaisons de la vie générale. C’est dans cette situation que nous sommes à l’heure qu’il est ; tout se transforme et tout est indécis, parce que ce vaste travail n’a commencé que d’hier. Si le pouvoir a l’instinct et le tact de cet état social, il pourra servir utilement la nation : il faut aujourd’hui lui prodiguer, non pas les invectives, mais les avertissemens, et le mettre en demeure de déployer de la force et de l’intelligence.

Le mouvement social ne s’est pas arrêté ; mais il a changé d’allure, et sur certains points, d’application. La forme politique a été abandonnée, par beaucoup d’esprits, pour l’étude du fond. Une immense variété est l’aliment et la récompense de ces inquiétudes fécondes des imaginations et des ames. On scrute, on compare les idées et les institutions, on passe des prédications religieuses aux enseignemens de la philosophie, les philosophes parlent de la religion en l’expliquant ; les orateurs catholiques peuvent invectiver en passant contre l’esprit du siècle, mais ils n’en prennent pas moins les idées et le langage. On n’entend plus dans les chaires chrétiennes que les mots progrès, humanité. De même que, contemporain de Voltaire, Massillon se laissait envahir par le siècle, au moment où il croyait le combattre, de même nos jeunes et éloquens lévites sort poursuivis, aujourd’hui, jusque dans leur orthodoxie la plus affectée, par la philosophie et le juste orgueil de l’intelligence.

Même aux pieds des autels que je faisais fumer,
J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer.


Les idées nouvelles et chères à l’humanité pénètrent partout. La poésie les répand à flots. Écoutez Lamartine, ne joint-il pas au culte des anciens jours un immense amour de l’avenir ? Lamartine est le Virgile chrétien. Le poète de Mantoue a souvent revêtu de la suavité des formes antiques les affections et les pressentimens d’une humanité nouvelle ; le costume est païen, mais l’ame est d’un homme nouveau. Ainsi a fait notre Virgile ; et sous les richesses de la religion qui inspirait Racine, il a caché des pensées et des espérances qui en dépassent le dogme, tout en le révérant. En doutez-vous ? Les clameurs des orthodoxes n’ont-elles pas dénoncé M. de