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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/107

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notions inattaquables. Un esprit supérieur rapprochera tous ces points isolés, de façon qu’un sens moral en sorte évident pour tous. Ainsi sera créée la véritable science historique, c’est-à-dire la règle d’après laquelle on devra juger tous les actes sociaux ou individuels.

Si on classait les historiens d’après les procédés de leur composition, on verrait que l’école philosophique, ou plutôt sentencieuse, fondée au dernier siècle, est presque abandonnée, et que la plupart des écrivains n’ont d’autre ambition que d’animer la scène à la manière de Walter Scott, ou de produire des personnages remuans comme les paladins de Froissart. On citerait quelques hommes laborieux, adonnés à la méthode scientifique et expérimentale, dont la révélation est un des beaux titres de l’Allemagne savante. On ferait remarquer enfin que les compilateurs, dont l’unique théorie est de gagner de l’argent, atteignent leur but plus promptement et plus sûrement que tous les autres ; voici comment il leur suffit de prendre la mesure d’une caste sociale, d’un parti politique, et de tailler la matière historique en conséquence. Un libraire commandait à un de ses faiseurs une histoire de Napoléon. — Surtout pas un mot contre LUI ; c’est pour la province ! — Il y a de cela quelques mois. Le livre est composé, imprimé, lancé, et court la province aujourd’hui. C’est ce qu’on appelle, en terme du métier, connaître son public.

Parmi les productions de cette année, on ne trouve pas un ouvrage à citer sur les généralités de l’histoire, ni sur la méthode à suivre pour utiliser les faits acquis. Mais cette lacune se trouve en partie comblée par l’excellent traité de Géographie, traduit de Karl Ritter, par MM. Buret et Desor. Il est facile de reconnaître le véritable savant ; ce n’est pas celui qui cite à tout propos : le luxe de l’érudition se procure à peu de frais aujourd’hui. Mais on peut accorder sa confiance à l’écrivain qui énonce nettement l’intention et les procédés de son travail, et donne le moyen d’en vérifier l’exactitude. C’est ce qu’a fait le professeur allemand ; il déclare ne pas s’arrêter aux conditions variables du globe, telles que la statistique, les démarcations politiques ; il s’en tient à l’étude de la terre dans ses rapports avec l’homme physiologique et social, et expose, dans l’intérêt de l’histoire, le théâtre où chaque peuple a exercé son activité. Il ne tombe pas dans le défaut de la plupart des géographes, qui remplacent l’expression naïve de ceux qui ont vu par des descriptions faites à loisir. Il cite les autorités, rassemble les faits, les analyses et conclut. Jusqu’ici, avant de retracer les annales d’un pays, on devait consulter tous les voyageurs qui l’ont parcouru, noter des opinions ou des expériences souvent contradictoires, et en établir la concordance. On économisera le temps exigé par ces préliminaires ; si Ritter accomplit pour tout le globe ce qu’il a déjà fait pour l’Afrique. Ce n’est pas là un médiocre service.

Les expéditions scientifiques de MM. de Freycinet, De la Place, Dumont