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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/105

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Recueils de Poésies, 47 volumes. Celui qui rappelle le chantre des Orientales n’a pas fait grand éclat : c’est qu’il ne révèle aucun changement dans la manière de l’auteur. Toujours un merveilleux instinct du rhythme, une habile construction de la strophe ; des images resplendissantes, mais tellement prodiguées, qu’elles dégénèrent en fatigantes énumérations ; un style abondant, coloré, d’où jaillissent trop souvent les mots à effet, comme ces voix de cuivre qui écrasent aujourd’hui nos orchestres. Le dernier volume de M. Victor Hugo s’est grossi à l’aventure, et selon les caprices de son inspiration. Il n’est donc pas étonnant qu’il renferme beaucoup de pièces d’un intérêt médiocre ; mais on peut dire de quelques-unes qu’elles sont parfaitement belles, car il serait puéril de leur reprocher des inégalités qu’un peu de travail ferait disparaître.

La manie de l’imitation, que beaucoup de gens prennent pour la fièvre du génie, se manifeste jusque dans le choix des titres. Les Chants du Crépuscule ont produit des Rayons du matin, des Brises du soir, et diverses Heures nocturnes, promettant des songes ou des insomnies : on peut choisir. Les femmes ne sont plus pour nos poètes un sexe enchanteur ; les livres qu’on leur adresse s’appellent : Anges et diables ! ou bien Le Chaos, l’Humanité, l’Harmonie ! ce dernier par un ingénieur civil. Les professions de foi sont en grand nombre. On trouve des complaintes religieuses et monarchiques à côté des chants républicains. Un saint-simonien crie : En avant ! un des heureux du siècle sans doute répond Far-niente ! Nous regrettons de ne pouvoir nommer toutes les fleurs poétiques ; il y en a des quatre saisons.

Poèmes, 17, didactiques, dramatiques, satiriques, descriptifs. Plus, deux épopées dans le goût antique, l’une en vingt-quatre chants et deux gros volumes ; son titre est la Pallantiade ; mais le héros véritable, c’est l’auteur. Que dire enfin d’une apocalypse en douze mille vers, la Cité des hommes, par M. Adolphe Dumas ? Faut-il conseiller la lecture de cette œuvre nébuleuse, que de fréquens éclairs illuminent ? N’est-il pas à craindre que les défauts ne nuisent à d’incontestables beautés et ne soulèvent, contre un vrai poète qui se révèle, des préventions qu’il aurait à expier dans l’avenir ?

Les Poésies légères, comme on disait autrefois, opuscules sans portée et rarement livrés au commerce, sont au nombre de 74.-Essais de traductions en vers des poètes étrangers, 14. Les études de cette nature, très profitables à celui qui les entreprend, ne devraient jamais être publiées, ne fût-ce que par respect pour le maître qu’on copie. La toute puissance des grands poètes réside dans l’accord mystérieux, indéfinissable, du sentiment qu’ils expriment, avec le mot, la phrase, et pour ainsi dire le matériel du langage. C’est l’harmonie de l’ame et du corps ; pour peu qu’elle soit faussée, la vie disparaît. Que dirait-on d’un sculpteur