Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/79

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


touchez pas, s’écria-t-il aux armes de Roland. » Après quelque intervalle, quelque refroidissement peut-être, dû à la politique, à la première rencontre, en entendant de nouveau des accens de cette prose cadencée dont parla si bien Fontanes, tout est oublié, tout se ravive ; l’admiration refleurit plus jeune. Il dirait volontiers, comme Pline : « Mais ne serait-ce pas une indignité, qu’on ne pût admirer à son aise et tout haut un homme digne d’admiration, parce qu’il nous arrive de le voir, de le connaître et de le posséder ? »

Je ne crois pas inutile de noter quel fut le rapport exact de M. Villemain avec les jeunes écoles dites romantiques, qu’il côtoya sans trop les coudoyer jamais, et en les accostant quelquefois. Le Globe, par M Dubois et quelques autres, épousait tout-à-fait M. Villemain., et paraissait s’entendre avec lui sur la mesure des renouvellemens et le maintien de l’art. Mais M. Villemain se détachait nettement de ceux du Globe, qui parlaient avec peu de révérence de la langue ccourtisanesque de Louis XIV, qui traitaient cavalièrement le grand style de Bossuet, et faisaient bon marché de l’originalité française. Il les a réfutés plus d’une fois indirectement, et dans ses belles leçons sur le XVIIe siècle, il fut constamment préoccupé de parer à la familiarité de leurs paradoxes. Sa méthode en ces occasions était merveilleuse d’habileté et de goût. Il avançait toujours en, paraissant n’être que sur la défensive. Ses bons alliés les classiques n’ont jamais fait tant de chemin en un jour que quand il tient pour eux. Mais ses adversaires n’y gagnaient pas. Sa critique avisée et flexible s’emparait, se prévalait avec tant de célérité de ce qu’il y avait d’incontestable alentour, qu’elle semblait l’avoir pensé en même temps. Sa concession se dérobait derrière une objection presque toujours évidente et qui portait coup. J’ai remarqué cela ailleurs encore, dans sa causerie, à propos surtout des discussions du romantisme poétique. Quand il vous combat, magicien habile qu’il est, par un aimant secret et invisible, il attire à lui tout l’or de votre armure ; il ne vous reste, si vous n’y prenez garde, que l’étain et le cuivre. Toute la part de bonnes raisons que vous aviez, a passé chez lui, tant il est prompt à entendre, à devancer, et vous êtes réduit à l’assertion absurde. Cette école du romantisme poétique ne fut d’ailleurs