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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/763

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ce qui ne l’empêche pas de partager avec Sully une partie de la gloire du règne de Henri IV. Louis XIV choisissait le plus grand nombre de ses agens diplomatiques dans le tiers-état, et la diplomatie de la France, à cette époque, fut admirable. Dubois, dont nous devons reconnaître la capacité et toutes les hautes qualités, si nous voulons être conséquens avec l’esprit de notre époque, Dubois était un homme plus qu’obscur quand on le nomma ambassadeur à Londres. Sous Louis XV et sous Louis XVI, la classe moyenne prit une part active à toutes les grandes transactions diplomatiques, et, sous l’empire, les diplomates les plus distingués étaient issus de la bourgeoisie.

Il est vrai que les ministres de la restauration, et M. de Polignac surtout, avaient suivi un tout autre système dans le choix des agens diplomatiques, grands et petits. M. de Polignac, entre autres, avait formé autour de lui une pépinière aristocratique de secrétaires d’ambassade et d’attachés, variété inutile de l’espèce, qui pullula de son temps. Dans son ambassade à Londres, M. de Polignac avait été frappé, en travaillant au Foreign Office, de la qualité des commis que le ministre anglais faisait accourir au bruit de sa sonnette. Ces élèves diplomates appartenaient aux plus nobles et aux plus opulentes familles de l’Angleterre. M. de Polignac n’oublia pas ce qu’il avait vu, et quand il fut nommé président du conseil et ministre des affaires étrangères, son premier soin fut de créer une semblable institution. Il forma dans son ministère un bureau qu’il remplit de jeunes gens destinés à monter rapidement, et à fonder une nouvelle noblesse diplomatique. Ce bureau se composait de M. le marquis de Gabriac, de M. le baron de Bois-le-Comte, du vicomte de Flavigny, de M. de Viel-Castel, du chevalier de Tamisier, de comte G. de Caraman, du vicomte de Marcellus, et quelques autres, arrêtés dans leur carrière par la révolution de juillet.

M. de Broglie trouva ce petit troupeau dispersé, mais très disposé à rentrer dans la bergerie, d’où les loups de juillet l’avaient expulsé. Il trouva en outre, dans son ministère et dans les postes diplomatiques, une foule d’hommes distingués qui ne s’étaient pas compromis sous la restauration, et qui ne s’étaient jamais identifiés avec le principe qui perdit la branche aînée. Les uns appartenaient à la bourgeoisie, les autres à la noblesse, et les prédilections du ministre ne tardèrent pas à se manifester d’une manière fâcheuse. Dès-lors, les actes et les choix de M. de Broglie eurent une tendance pareille.

C’est avec franchise que nous allons nous expliquer. Nous n’avons jamais laissé passer l’occasion de vanter la loyauté et la haute probité politique de M. de Broglie ; mais comme si le ciel voulait déconcerter notre philosophie, il arrive souvent que la droiture et l’honnêteté perdent les meilleures causes, sauvées quelquefois par des qualités opposées. Il se peut donc que les fautes de M. de Broglie soient réparées par son successeur, et nous le désirons ; mais ces fautes sont réelles, nombreuses, et les partisans de M. de Broglie eux-mêmes ne sauraient se les dissimuler. M. de Broglie a trouvé la France effacée du ban diplomatique et admise à faire valoir ses droits en Europe, par les négociations, sans être forcé de recourir à son épée. Dès ce moment, la Prusse commença à étendre