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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/761

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 mars 1836.


Il s’est présenté peu d’époques dans notre histoire où les affaires extérieures de la France aient offert un aspect aussi compliqué qu’aujourd’hui. Jamais plus de suite, plus de décision, plus de hautes et nobles pensées n’ont été nécessaires pour régler les rapports du pays avec les puissances étrangères, pour lui assurer une situation indépendante et respectée, pour lui conserver son rang, pour lui faire reprendre celui qu’il doit avoir chaque fois que de grandes rivalités éclatent en Europe, et rompent les coalitions contre lesquelles il a eu à lutter à diverses reprises, et qui seules peuvent le dominer ou le réduire. Jamais, peut-être, la France n’eut une occasion aussi belle d’accomplir la pensée de Frédéric-le-Grand, qui nous accordait la puissance d’empêcher qu’un coup de canon ne fût tiré en Europe sans notre permission ; jamais elle n’eut autant besoin de placer, en face de la diplomatie étrangère, un homme honoré à cause de son caractère et de la fixité de ses principes, un homme tout dévoué à la patrie, ne rêvant que sa prospérité et sa grandeur, sûr et désintéressé, vigilant, actif, préoccupé des grandes choses, étranger aux combinaisons mesquines, et marchant droit à son but, avec la dignité et la hardiesse que donne la confiance du pays, On nous permettra de douter que la France ait trouvé toutes ces choses dans la personne de M. Thiers.

Tous les états de l’Europe s’étaient émus en apprenant la révolution de juillet, les uns par sympathie, le plus grand nombre par terreur. Bientôt, quand les plus fâcheux résultats de cette révolution éclatèrent, quand on vit la France livrée à l’anarchie et à la guerre civile, l’Europe prit une nouvelle attitude ; la sainte-alliance, un moment indécise, se rassura et se prépara à profiter de nos désordres. Cette situation dura plusieurs années, et alors la direction de la diplomatie française nécessita une certaine unité, qui la rendait en quelque sorte facile. On n’avait pas à négocier, car les négociations, du moins les négociations usitées dans la diplomatie étaient devenues inutiles ; partout on repoussait nos ouvertures. Nos ambassadeurs et nos chargés d’affaires, quand ils étaient admis, étaient éloignés avec affectation des cours où ils étaient censés représenter la France. Peu importait le choix des agens, tous étaient mal venus, tous