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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/725

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Quand le valeureux Hagen est attaqué à l’improviste, et qu’il glisse sur les peaux humides que Grimild a posées là exprès pour le faire tomber. — Souviens-toi, lui dit-elle, de ta promesse ; tu as juré que si jamais tu tombais devant un ennemi, tu ne te relèverais pas pour le combattre. — C’est vrai, s’écrie-t-il, et il combat à genoux et tue encore trois de ses adversaires.

Quand Dietrich [1] attaque Ogier-le-Danois, le sang coule dans la plaine par torrens. Dietrich est parti avec huit mille hommes ; il n’en ramène que cinquante.

Quand Sivard se met en route, il monte un cheval qui galope sans s’arrêter pendant quinze jours et quinze nuits. Arrivé au pied d’une forteresse fermée, il ne se donne pas la peine d’attendre qu’on lui en ouvre les portes, il fait sauter son cheval à quinze pieds au-dessus des murailles.

Un combat mémorable est celui d’Orm, le jeune chevalier, et du géant de Berne. Orm s’en va frapper à la porte du tombeau de son père, qui est enterré dans une montagne. Il frappe si fort, qu’il brise le rocher, et le père se réveille.

— Quel est le téméraire qui vient ainsi me troubler dans mon repos ?

— C’est moi, Orm ton fils.

— Que veux-tu ? Je t’ai donné l’année dernière des monceaux d’or et d’argent.

— C’est vrai, tu m’as donné, l’année dernière, des monceaux d’or et d’argent, mais aujourd’hui je veux ton épée.

— Tu n’auras pas Birting, ma redoutable épée, avant que tu sois allé en Irlande venger ma mort.

— Si tu me la refuses, je brise la montagne qui te sert de tombe, en cinq mille morceaux.

Le vieux guerrieur lui donne son épée. Orm tue le géant, et s’en va ensuite en Irlande tuer les meurtriers de son père.

Un autre combat plus merveilleux encore est celui de Dietrich avec le dragon. Dietrich, en courant les aventures, rencontre un lion et un dragon qui se battent avec fureur. Le lion est vaincu et prie le héros de venir à son secours. Dietrich marche contre le dragon, mais sa lance se brise sur ses rudes écailles, et le monstre l’emporte dans sa caverne, auprès de ses onze petits, puis il s’endort. Pendant la nuit, Dietrich

  1. Il y a ici un de ces anachronismes qui se présentent plus d’une fois dans les épopées du moyen-âge. Dietrich, que les critiques s’accordent à regarder comme Theodoric, est mort en 527. Ogier-le-Danois vivait trois cents ans après, car il était contemporain de Charlemagne.