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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/72

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on le voit aujourd’hui à la Chambre des Pairs, au Conseil d’État, au Conseil de l’Université, dans l’administration du personnel qui lui est confié, à l’Académie enfin, être actif et suffire à tout, sans perdre une pointe de son agrément ni la moindre fraîcheur de sa littérature. Pour peu qu’on y pense, cette fleur gardée intacte n’est pas moins prodigieuse que la fermeté d’esprit d’un Cuvier écrivant de la science et de l’anatomie entre deux affaires. Chez les anciens, Cicéron, Sénèque et Pline le jeune nous offrent seuls des exemples comparables d’une littérature à la fois si abondante et si délicate dans de pareils empêchemens, in frigidis negotiis, disait Pline, quœ simul et avocant animum et comminuunt. Mais Pline disait cela avec regret, avec doléance ; M. Villemain ne s’en plaint qu’à la légère, et sa littérature sans effort se joue de l’obstacle bien autrement que celle de Pline.

M. Villemain avait publié Cromwell en 1820 ; il fut reçu en 1821 à l’Académie, y remplaçant à vingt-neuf ans M. de Fontanes. Mais c’est au pied de sa chaire que nous avons hâte de venir. Il y avait été suppléé dans ses absences par M. Pierrot qui professait le seizième siècle avec sérieux et succès, et dont les leçons analysées ont été dans le temps recueillies. Une fois rentré dans ses fonctions d’enseignement, M. Villemain y demeura jusqu’en 1830. Des trois premières années, on n’a qu’un discours d’ouverture de 1824 imprimé, vers 1826 -1827 d’ingénieuses et transparentes analyses dans le Globe par M. Patin, et des souvenirs. On a gardé celui des brillantes excursions du professeur dans la littérature italienne, dans les jardins du Tasse, et, entre autres leçons, a un dialogue supposé entre deux Italiens dont l’un était académicien de la Crusca : M. Berryer assistait à cette plaidoirie d’un nouveau genre et applaudissait à ces rôles singulièrement animés, à ces répliques piquantes et subtiles que se donnait tour à tour la même éloquence.

Vers 1827, par le silence à peu près absolu des autres chaires et la disette de toute parole publique dont on était affamé, par la gravité des circonstances qui allaient jusqu’à menacer l’expression de la pensée littéraire, et par les développemens croissans du professeur, le cours de M. Villemain avait pris une influence immense ; chacune de ses leçons était un évènement et une fête. C’est peu après qu’on se mit à les recueillir par la sténographie. On en a cinq