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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/717

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traditions étranges, quelle mythologie mêlée de vagues souvenirs d’Orient et de conceptions barbares. Les deux premiers êtres de la création sont le géant Ymer et la vache Authumbla. Ymer, dans son sommeil, enfante sous son bras gauche un homme, sous ses pieds une femme, qui forment la race des géans. La vache Authumbla lèche les rochers couverts de givre. Le premier jour, des cheveux poussent sur ces rochers, le second jour il en sort une tête, le troisième un homme tout entier. C’est Buri, l’aïeul d’Odin ; Odin a deux frères : Vili et Ve. Tous trois se réunissent pour combattre Ymer. Ils le tuent, et les torrens de sang qui s’échappent de son corps inondent la terre et noient les hommes de sa race, à l’exception de Bergelmer, qui se sauva avec sa famille dans un bateau.

Les petits-fils de Buri s’emparent du corps d’Ymer. Avec son cadavre, ils forment le monde ; avec son sang la mer, avec ses os les rochers, avec ses dents les pierres, avec son cerveau la voûte du ciel, qui repose sur quatre piliers ; avec sa cervelle les nuages ; avec ses sourcils la forteresse Midgard, qui environne l’univers et protège les hommes contre les attaques des géans. La terre est ronde comme une bague, et tout entourée d’eau. La Nuit parcourt le ciel avec un char, et l’écume de son cheval produit la rosée du matin ; le Jour vient ensuite, et le mors de son coursier éclaire le monde. L’homme et la femme sont nés de deux arbres : le frêne et l’aulne. Les dieux leur donnèrent le mouvement, l’esprit, la beauté. L’homme s’appelle Aske, la femme Embla.

L’arc-en-ciel est un pont bâti par les dieux pour rejoindre la terre au ciel. Il est de trois couleurs, mais la couleur rouge qu’on aperçoit au milieu est un sentier de feu qui empêche les géans de monter. La demeure favorite des dieux est près du frêne Ygdrasill. C’est l’arbre le plus beau, le plus vigoureux qui existe. Il a trois racines qui s’étendent à une immense distance l’une de l’autre. La première touche à la demeure des Ases, et se baigne dans la source du passé ; le seconde repose dans la source de la sagesse. Le maître de cette source est Mimir ; il est le sage par excellence, parce que chaque matin il vient boire à cette source. Odin a voulu y boire une fois, mais il n’a pu obtenir cette faveur qu’en y laissant un œil. La troisième racine tombe dans la source des serpens. Le frêne Ygdrasill est l’arbre du monde, l’arbre immense dont les rameaux s’étendent sur la terre et montent jusqu’au ciel. Là les dieux tiennent leur assemblée ; là les trois Nornes [1] président au destin des hommes ; là est l’aigle qui sait tout, mais là aussi sont les mauvais génies : l’écureuil qui court de branche en branche pour animer l’un contre l’autre le serpent et l’aigle ;

  1. Edda de Saemund, Volu-Spa.