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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/675

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marcs ; il dit vrai ; il ne les a pas plus vus avant qu’après, lui plus que moi.

« En vérité si je puis augmenter mon bien par des moyens si faciles, il n’est pas étonnant que je sois devenu si riche, comme disait Tyndall à ce même ami, lui affirmant que je ne possédais pas moins de vingt mille marcs, tant en argent comptant qu’en vaisselle et en meubles. J’avouerai franchement que si, en effet, j’ai amassé tant de biens, la moitié au moins n’a pas pu être acquise honnêtement. Ce qui est vrai, c’est que, de tous les voleurs, assassins, hérétiques qui ont passé par mes mains, je n’ai jamais retiré un penny, grace à Dieu, mais bien plutôt j’y ai mis du mien. J’ajoute que si ces gens ou d’autres personnes qui ont porté des causes devant moi, ou qui ont eu affaire avec moi, se trouvent tant appauvries par ce que je leur ai pris, ils ont eu au moins le temps de réclamer [1]. »

Frith, que je ne sais quel historien fait brûler par le chancelier Morus, quoique nous voyions Morus, sorti de charge, entamer une longue polémique avec lui, le réfuter et en être réfuté, Frith avait rapporté une prétendue parole de Morus, par laquelle celui-ci aurait dit « qu’il suerait bientôt tout le meilleur sang de son corps. » Il y avait, dit Morus, assez de vérité dans ce propos pour bâtir un infâme mensonge. « Car un jour quelqu’un m’étant venu dire que Frith, — il était alors enfermé à la Tour, — suait sang et eau en écrivant un livre contre le sacrement de l’eucharistie, je témoignai combien j’étais fâché que ce jeune étourdi prît tant de peine pour une œuvre si diabolique, et combien il était à désirer qu’il eût quelque bon chrétien qui l’avertît du danger que couraient son corps et son ame. J’ajoutai que je craignais bien que le Christ n’allumât pour lui un bûcher dans ce monde, et, après lui avoir fait suer tout le sang de ses veines, n’envoyât tout droit son ame dans les feux de l’enfer. Or loin que, par ces mots, j’aie voulu ou veuille dire, » - Morus n’est plus chancelier, — « que je le désire, Dieu m’est témoin que pour beaucoup plus qu’on ne pense, je serais heureux de conquérir ce jeune homme au Christ et à la vraie foi et de le sauver de la perte de son corps et de son ame [2]. »

Plus loin [3], résumant ses sentimens sur les personnes accusées

  1. Apologie, p. 901,902, 903.
  2. Ibid., ch, XXXVII, p. 903 CH.
  3. Ibid., ch. XLIX, p. 925 H.