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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/625

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appartient au registre de paroisse d’un Crabbe attendri et compatissant. Mais rien ne se peut comparer pour l’abondance rurale et le sacré de l’inspiration au morceau des Laboureurs. Ces antiques et éternelles géorgiques (ascrœum carmen), reprises par une voix chrétienne, ont une douceur nouvelle et plus pénétrante ; la sainte sueur humaine, mêlée à la sueur fumante de la terre, est bénie ; le respect, la religion du travail vous gagne, et à l’heure du midi, quand la famille épuisée s’arrête et va boire un moment à la source, on s’écrie humainement avec le poète :

Oh ! qu’ils boivent dans cette goutte
L’oubli des pas qu’il faut marcher ;
Seigneur, que chacun sur sa route
Trouve son eau dans le rocher !
Que ta grace les désaltère ;
Tous ceux qui marchent sur la terre
Ont soif à quelque heure du jour.
Fais à leur lèvre desséchée,
Jaillir de ta source cachée
La goutte de paix et d’amour !
et tout l’hymne qui suit.

Jocelyn nous offre beaucoup plus de particularités dans le détail, de curiosité pittoresque, domestique, locale, que les précédens poèmes de Lamartine, et marque en ce sens chez lui une nouvelle manière. Pourtant, ce qui continue de distinguer expressément le poète, c’est encore la grandeur, l’élévation à laquelle il revient, vers laquelle il s’échappe toujours par quelque côté. Son paysage, si détaillé qu’il veuille le faire, ne représente jamais dans tous les sens de l’horizon ces autres paysages vraiment, locaux et déterminés de Goldsmith, du hollandais Pott, de Burns, de Hebel ; toujours quelque ouverture de ciel se fait sur un point, par où il monte à l’instant et plane ; et alors, à ces hauteurs, le vaste paysage ondoyant